• votre commentaire

  • votre commentaire
  •  

    Entretien avec Hiroo Mochizuki de Aix-en-Provence.

     

    C'est une histoire très intéressante. Mon père apprit l'aïkido auprès de Morihei Ueshiba à une époque où c'était encore du ju-jitsu.

     

    Monsieur Mochizuki, vous, votre famille et votre père, Minoru Mochizuki, vivez ici à Aix-en-Provence. Vous m'avez dit au téléphone que votre père, qui depuis quelque temps vit avec vous, avait été hospitalisé ?

     

    Malheureusement, oui. Il souffre de problèmes intestinaux, ce qui à son âge n'est pas à prendre à la légère. Si tout se passe bien il sera transféré demain du Centre hospitalier d'Aix vers un autre établissement plus près d'ici. Il nous sera ainsi plus facile de lui rendre visite. Cela fait deux semaine qu'il est hospitalisé, et cela devrait durer encore un mois. Nous sommes pleins d'espoir, mais à son âge il faut être très prudent.

     

    Nous avons dû annuler sa présence au grand stage d'été 2001 de la YWF (Yoseikan World Federation) en Camargue, car mon père est tombé malade juste à ce moment. Prés de 250 participants de 14 pays s'étaient déjà inscrits.

     

    L'année dernière il avait pu y participer et avait montré quelques techniques au sabre. En décembre 2000, il avait encore participé à un grand stage à Bourg-de-Péage, près de Valence.

     

     

    Mais votre père se limite à de courtes démonstrations, n'est-ce pas ?

     

    Oui, bien sûr car il ne marche qu'avec peine. Il ne se déplace presque plus qu'en fauteuil roulant. Mais avec les bras, donc pour les mouvements avec le sabre, il n'a pas de problèmes, mais les jambes...

     

     

    Vous êtes le successeur de votre père comme Doshu du Yoseikan ?

     

    C'est une histoire très intéressante. Mon père apprit l'aïkido auprès de Morihei Ueshiba à une époque où c'était encore du ju-jitsu. Ce n'est qu'après la seconde guerre mondiale que Me Ueshiba modifia fortement l'aïkido. Il introduisit beaucoup de mouvements circulaires qui n'étaient pas pratiqués auparavant. Tous les mouvements devinrent plus amples, auparavant tout était plus direct.

     

    On peut dire que ce n'était pas très éloigné du Daito-ryu Jujitsu que Takeda Sokaku enseignait alors. C'est ce que mon père a appris de Morihei Ueshiba. Après la guerre notre famille est rentré au Japon. Mon père était un des élèves les plus proches de Me Ueshiba. D'ailleurs ce dernier a continué à venir nous rendre visite à Shizuoka (qui se situe à 50 km du Mont Fuji) au moins quatre fois par an.

     

    Me Ueshiba aimait beaucoup mon père, il arrivait qu'il reste un mois chez nous. Ainsi j'ai aussi rencontré Me Ueshiba. Un jour il m'a même emmené à une démonstration, et m'a pris comme uke. Nos rapports étaient très profonds, c'était une relation très chaleureuse, presque paternelle.

     

    Je remarquais déjà à l'époque que le style des mouvements de mon père étaient plus proche du ju-jitsu. Déjà à l'époque on apercevait une énorme différence avec le système de Me Ueshiba. Celui-ci avait déjà changé beaucoup de choses pendant les années de guerre.

     

    En 1951/52 mon père partit pour l'Europe, et moi-même j'étais à Iwama, où vivait Me Ueshiba. Je pouvais ainsi travailler directement avec lui. Me Saito qui habitait non loin du dojo y était aussi. Là j'ai appris les grand mouvements circulaires. Plus tard, réfléchissant au trajet de mon père en aïkido, j'ai cru comprendre pourquoi il était aussi attaché à Me Ueshiba. C'était ce développement, il y avait de la vie là-dedans. On ne doit pas figer les techniques de Me Ueshiba, il ne faut pas les momifier. Si j'essaie de les copier, son aïkido devient une chose morte, comme une momie égyptienne.

     

    Je pense qu'il est important de connaître à fond les techniques du ju-jitsu, et leur développement pour savoir quelle voie elles ont suivie au Japon et ceci sans en omettre le judo. Mon père a beaucoup travaillé avec Me Kano. Dans le système de Me Kano on déséquilibre l'adversaire pour le faire tomber. Me Ueshiba utilisait un mouvement circulaire pour déséquilibrer l'adversaire – pour ensuite le mener vers une immobilisation ou une chute. Son système des projections est très différente de celui de Me Kano. Ces deux créations sont clairement distinctes. L'inventeur de ce mouvement circulaire – Me Ueshiba – y a intégré un maximum de techniques.

     

    L'aïkido s'est ainsi enrichi. Mon père l'a compris et a continué de travailler dans cette direction. Mais malheureusement il y avait déjà des problèmes avec les anciens élèves de Me Ueshiba qui avait juré obédience à l'Aïkikai à Tokyo. Bien que chacun aie eu son propre style : Me Shioda le sien, Me Tomiki un autre. Mais les mouvements circulaires de Me Ueshiba passaient avant tout.

     

    Mon père, par rapport aux autres élèves de Me Ueshiba, avait incorporé dans sa pratique les sutemi waza, ainsi que les fauchages. Il y avait donc naturellement une grosse différence avec ce que faisaient les aïkidokas «traditionnels». L'Aïkido traditionnel, cela veut dire des cercles horizontaux, alors que les sutemis sont verticaux, mais au fond c'est la même chose. C'est aussi taisabaki, même si visuellement c'est très différent. C'est la raison pour laquelle les «aïkidokas traditionnels» n'étaient pas d'accord avec ce que mon père développait. Par respect pour les autres aïkidoka, mon père a nommé ce qu'il faisait Yoseikan Aïkido. Mais c'est toujours de l'aïkido.

     

     

    Ainsi, c'est votre père qui a fondé le ryu ?

     

    C'était en 1975, environ. Pendant toutes ces années j'avais cherché et développé tout cela par moi-même. Déjà en 1965 j'avais appelé mon école Yoken (maîtrise du sabre et du poing): Plus tard je l'ai baptisée Yoseikan en hommage à mon père.

     

    Mais on peut dire qu'à partir de 1975 il a intégré beaucoup d'éléments venant du judo et d'autres budo à ce qui était jusque là de l'aïkido relativement traditionnel. Vraiment beaucoup de judo.

     

    Personnellement je trouvais ce qu'il faisait très bien. J'étais absolument d'accord avec ce que faisait mon père. Car il le faisait par respect du système de Me Ueshiba. Cela signifiait le développer plus.

     

    Moi aussi j'aimais beaucoup Me Ueshiba. Il me traitait comme son propre petit-fils. Un jour il m'a demandé: «Aimes-tu les crevettes». J'ai répondu qu'en effet, je les aimais. Il disparut pendant des heures et revint avec un panier plein de crevettes. Cet homme était si plein d'amour, si attentionné.

     

    Mais l'attitude de mon père n'était pas bien vue par les «gardiens de la tradition». Et il y a beaucoup, bien trop, de traditionalistes dans ce monde. Pas seulement au Japon. Une petite nouveauté et ils apparaissent, l'index menaçant et ils ne sont plus d'accord avec quoique ce soit.

    Mais Me Kano, ne constitue pas une nouveauté au Japon, ou bien voulez-vous parler des traditionalistes de l'aïkido ?

     

    C'était déjà autre chose, mon père utilisait le cercle, mais il y introduisait d'autres éléments. Les aïkidokas ne l'ont pas accepté. Moi aussi, j'ai continué quand même. C'étaient les idées de mon père, mais pour moi il avait raison. Respecter l'aikido, respecter l'œuvre de Me Ueshiba, c'est développer un aikido vivant.

     

    Pourquoi ne pas introduire les coups de poing, les coups de pied ? Pour moi c'était normal. J'ai fait beaucoup de karaté, de judo, de kenjutsu, de boxe, pour moi c'est normal. Mon père pratique une forme qui est de l'aïki-jujitsu, presque de l'aïki-judo. C'est un mariage entre l'aïkido et le judo.

     

    Me Ueshiba utilisait beaucoup les atémis. Pour moi, comme je pratique le kickboxing, le karaté et d'autres budo, c'est normal. Les coups de poing, les coups de pied, il faut les inclure. On ne peut pas dire que c'est de l'aïki-judo, parce qu'il inclut beaucoup de kempo. Peut-être aïki-kempo ? En fait, ça ne convient pas non plus – c'est difficile d'expliquer exactement ce qu'est l'Aïki-Yoseikan que mon père a créé.

     

    Il fait de l'aïki-judo, ça s'appelle Aïki-Yosei

    Aïki-Yoseikan. Ainsi, si vous voulez j'ai introduit encore d'autres nouveautés – mais ça reste toujours de l'Aïki-Yoseikan, du Yoseikan-Aïkido.

     

    Oui, père et fils ont travaillé ensemble. Mais ce n'est pas simple. Ce n'est pas simple par ce que le respect envers Me Ueshiba impose des obligations comme c'est le cas pour les autres aïkidokas. Tout est centré sur un seul et même principe – simplement le système des applications est différent.

     

    Pour moi le plus important c'est l'esprit du Maître. Cet esprit est dans aïki, dans le cercle – nous nous retrouvons et suivons cet aïki. C'est ça l'esprit du Maître.

     

    Aujourd'hui la technique est hautement développée. Tout ce qui est technologique est hautement développé, alors pourquoi pas en aïkido ? C'est ce que je pense, et c'est pourquoi je poursuis dans cette voie. Avec une petite exception : mon père et moi nous ne voulons pas heurter les aïkidokas traditionalistes par notre travail. C'est de ce respect à l'égard de Me Ueshiba qu'est né Yoseikan-Aïkido, même si on ne nous accepte pas comme tel. C'est regrettable, mais pour l'instant on n'y peut rien. Nous devons espérer en l'avenir: peut-être un jour de nombreux aïkidokas comprendront-ils ce que nous faisons...

     

     

    Mais en aïkido il n'y a pas de combat...

     

    C'est la base. Normalement l'aïkido comprend tous les systèmes de combat. Ça dépend toujours de la situation. Est-ce que j'utilise ceci ou bien cela ? Ça dépend du moment. Ce qui est très intéressant c'est qu'il n'y a pas de règles en aïkido. Pratiquement tous les autres sports et compétitions sont soumis à un règlement. Le football a ses règles, le baseball en a d'autres, les règles du baseball... et on n'a pas le droit de violer ces règles. Au niveau martial du budo il n'y a pas de limites, pas de règles. Donc ce que nous faisons n'est pas en contradiction avec l'aïkido, c'est une question de développement. Il n'y a pas d'autres moyen. Il ne faut pas se laisser enfermer dans un cadre rigide.

     

     

    Chaque pratiquant a son propre aïkido...

     

    Entièrement de votre avis! Je suis totalement d'accord. Il faut que la personnalité de chacun s'épanouisse. Au Japon il y avait une époque où chacun avait sa méthode de judo. Il fallait la créer soi-même, mais il fallait aussi qu'elle soit applicable à plusieurs personnes – et ce au combat. A cette époque il y avait des centaines de méthodes et c'était tout à fait normal. Dans la vie moderne il y a certainement des gens qui n'ont pas une telle personnalité, ou pour qui ce n'est pas important. Je pense que c'est un baromètre de l'humanité. Il y a des hommes qui sont naturellement créatifs. Mais c'est difficile de former une telle personnalité.

     

    Il y a encore une chose que j'ai introduite dans le Yoseikan-Aïkido: toute énergie se transmet par un mouvement ondulatoire, l'«onde de choc». Chaque énergie, qu'il s'agisse du son qui est porté par une onde sonore, ou de l'électricité, qui se transmet sous différente forme ondulatoire, l'énergie vient d'un point particulier. On pourrait transmettre l'énergie sous la forme de vibration, ou la forme d'un cercle. Par exemple quand on regarde un joueur de tennis frapper une balle, on peut voir comment l'énergie part du ventre et est transmise à la balle par le bras. La balle à son tour emporte cette énergie de l'autre côté du court, qui constitue le point d'aboutissement de l'«onde énergétique». En football c'est pareil : le pied transmet l'énergie au ballon... – le corps est entièrement basculé vers l'arrière afin de transmettre l'énergie vers l'avant. Tous les mouvements dans les arts martiaux se basent sur ce système. En judo et en karaté il n'y a pas de problème, on voit clairement comment est produite l'énergie.

     

    Au début, je cherchais une synthèse entre atémi et projection, mais je n'y arrivais pas. On ne percevait pas clairement que dans les deux cas la transmission d'énergie se fait sur la même base. Mais quand j'ai compris que c'est le mouvement ondulatoire qui transmet l'énergie, la connexion entre projection et atémi est naturellement devenue claire.

     

    C'est une onde énergétique, et sous cet aspect, coups et projections sont une seule et même chose. Le coup est le début de l'onde énergétique, et la projection est l'aboutissement de cette onde énergétique. La différence n'est qu'apparente. Il y a de grandes et de petits ondes, tantôt elles ont une grande amplitude, tantôt elles sont – comme dans les vibrations – très ténues.

    Par exemple, le coup de point en karaté : il est court et la vibration passe par les muscles. Cette onde a néanmoins une amplitude très faible. On utilise le même coup de poing en Tai-Chi. L'énergie passe par l'intérieur, c'est quasiment une vibration intérieure.

     

    Pour le sabre, on a besoin d'un grand mouvement, de même pour les projections, pour un coup de poing, d'un plus petit. Ensuite il y a les vibrations qu'utilisent certaines techniques de karaté, ainsi que le Tai-Chi.

     

    Cela s'applique même à un sport comme le football. On utilise le coup de pied de la même manière, et un bon technicien en tennis ne procède pas autrement. C'est la base de tout. Même les coureurs utilisent ainsi leurs pieds en projetant l'onde vers l'arrière, alors que les footballeurs la projettent vers l'avant.

     

    C'est une base qui évidemment a été développée de différente manière mais qui reste fondamentalement la même. L'aïkido s'intègre tout autant dans ce système que, par exemple, le karaté où il y a des compétitions, et où on utilise des armes comme le nunchaku ou le sai. D'autres utilisent le sabre, le bo, le jo ou l'arc. Tout ça c'est du budo. Tout cela débouche dans le Yoseikan. Je suis naturellement conscient du fait que l'on ne peut pas tout connaître, mais il faut s'imaginer que le Yoseikan est un laboratoire où une partie du budo se développe. Pour moi le nom Yoseikan est synonyme de «laboratoire des arts martiaux».

     

    Pour moi c'est le fondement du Yoseikan Budo. Comprenez-moi bien, c'est une recherche permanente, dans un cercle plus large. Toujours en relation avec les différents arts-martiaux.

     

    Vous pouvez certainement vous imaginer que cela a été difficile pour mon père d'accepter ceci et de le comprendre. Je peux aussi vous dire que beaucoup de mes amis, par exemple mes amis karatékas, ne comprenaient pas non plus ma démarche.

     

    Quand je suis arrivé en Europe, en 1957, le karaté y était inconnu. Je suis le premier japonais à y avoir présenté le karaté. Aujourd'hui on connaît, par exemple, Henri Plée à qui j'ai appris à cette époque les techniques de base. Ensuite, c'est nous qui avons lancé le développement du karaté en Europe.

     

    Nous avons organisé des stages internationaux en France, et à partir de là nous avons établi un système de stages dans différents pays. C'était le début. Ces karatékas de la première génération sont un peu horrifiés et ils disent des choses négatives sur moi.

    Quel âge aviez-vous en 1957? Pourquoi êtes-vous venu en Europe ?

     

    J'avais 21 ans quand M. Plée m'a fait venir. Il avait entendu parler du karaté comme quelque chose de différent du judo et de l'aïkido et il voulait l'apprendre.

     

    C'est très difficile, il faut comprendre la différence de mentalité entre occidentaux et asiatiques. Pour moi, par exemple, le karaté c'est comme le judo, qui à son tour est comme l'aïkido, qui est comme le kenjustsu. Je ne peux pas exiger que tout le monde voie les choses comme ça. Beaucoup disent que le judo c'est le judo, le karaté c'est le karaté, et l'aïkido c'est l'aïkido... Il veulent voir des différences. Je suis persuadé que c'est une erreur car on a, bien plus que par le passé, besoin de pouvoir s'adapter. Quand on apprend quelque chose, on apprend une partie, une partie de quelque chose qui normalement constitue un tout. Mais on ne veut pas reconnaître cela. Pourtant, c'est toujours là, autour de nous.

     

    Télécharger l'article entier en PDF :

    http://eu.aikidojournal.net/docs/26/29_946_fr.pdf

     

     


    votre commentaire
  •  

    Demeurant actuellement à Aix-en-Provence (F), Maître Hiroo Mochizuki est Professeur diplômé d'Etat, médaillé d'or Jeunesse et Sports.

     

    Il est également :

     

     - 8ème dan d'Aïkido

     - 8ème dan de Ju-Jitsu

     - 7ème dan de laïdo

     - 7ème dan de Karaté

     - 3ème dan de Judo

     

     

    1936 : né le 21 mars à Shizuoka, Japon. 1943: commence le Kendo avec son père.

     

    1950 : commence le Judo et l'Aïkido avec son père.

     

    1954 : devient capitaine de Judo de son lycée, Shizuoka Kotogakko.

     

    1957 : séjourne en France pour enseigner le Karaté Shotokan chez Maître Henri Plée, par l'intermédiaire de Jim ALCHEIK ; il est le premier japonais à présenter le Karaté en Europe.

     

    1958 : Maître Tetsuji MURAKAMI (Karaté Shotokan) le remplace dans ses fonctions d'enseignant ; participe à la création de la Fédération Française d'Aïkido, Taï Jitsu et Kendo aux côtes de Jim ALCHEIK avec lequel il enseigne l'Aïkido et le Karaté Shotokan ; participe à plusieurs démonstrations en Suisse.

     

    1960 : de retour au Japon il reprend ses études de vétérinaire ; commence le Karaté Wado ryu avec Maître Shinji MICHIHARA.

     

    1961 : capitaine de faculté en Judo et vice capitaine en Karaté au club de Me MICHIHARA.

     

    1963 : décès accidentel de Jim ALCHEIK. A la demande de l'assistant de ce dernier : Maître Alain Floquet, son père (Minoru MOCHIZUKI) l'envoie en France. De retour en France, il enseigne l'Aïkido et introduit le Karaté Wado Ryu en Europe.

     

    1964 : devient le 1er conseiller technique des sections d'Aïkido et de Karaté de la FFJDA (Fédération Française de Judo et disciplines assimilées) à sa création aux côtés de Jacques Delcourt; participe à la création de la FFKAMA (Fédération Française de Karaté et Arts Martiaux Affinitaires) et de l'Union Européenne de Karaté, en 1965, dont il deviendra également le 1& conseiller technique.

     

    1967 : découverte du mouvement ondulatoire : «l'onde de choc».

     

    1970 : en Hommage pour son père et avec son autorisation il appelle sa méthode :

    YOSEIKAN BUDO

     

    1975 : Création de la Fédération Française de Yoseikan Budo et du Centre International du

    Yoseikan Budo.

     

    1992 : reçoit de son père le titre de successeur dans tout le domaine du BUDO du dojo

    YOSEIKAN.

     

    1997 : Création de la Yoseikan World Federation (Y.W.F.)

     

    2000 : Au cours du stage d'été YWF aux Saintes Maries de la mer (F/Camargue), en présence de plus de 200 personnes représentant 15 pays et 4 continents, il reçoit de son père - âgé de 93 ans - le diplôme de « Soke » écrit de sa main, par lequel ce dernier lui transmet son titre

    Maître Hiroo Mochizuki devient ainsi le seul Responsable moral de l'Ecole Yoseikan au niveau mondial.

    N.B. : traditionnellement, ce titre japonais confère à son détenteur la capacité de délivrer les grades de l'Ecole en référence jusqu'au 10e dan.

     


    votre commentaire
  •  

    En mémoire de Maître Minoru Mochizuki

     

    Traduction française: Patrick Augé

     

    Le dicton, «Le maître montre la lune et le sot regarde son doigt, » était tout à fait pertinent dans le cadre de l’enseignement de Maître Minoru Mochizuki.

     

    Il nous disait souvent :

     

    «Quand vous enseignez, ne dites et ne démontrez que ce qu’il faut faire ! Si quelqu’un n’entend pas ce que vous dites, mais voit ce que vous faites, c’est tout ce dont il se souviendra. »

     

    Cela vient du fait que nous avons tendance à essayer de justifier tout ce que nous faisons, surtout lorsque quelqu’un nous corrige. Les élèves occidentaux répondent souvent d’une manière impertinente à leur professeur ou s’obstinent. Cela peut aller de l’indignation : «Mais Sensei je pensais que… blablabla ! » à l’auto insulte : « Je suis si stupide ; je me trompe tout le temps ! » ou à l’auto-désignation : « Je suis cartésien ! » ou bien encore : «On m’a diagnostiqué comme ayant le syndrome de xyz ! » Quant aux élèves japonais et autres, entraînés à la méthode japonaise, ils répondent en saluant avec un « hai » sonore donnant l’impression que le professeur a toute leur attention. Mais si cette attitude n’est qu’un mode de comportement habituel relié à la culture, cela ne fait que masquer le même manque de compréhension, et aucun changement ne s’ensuit.

     

    Pendant que nos pensées, notre désir de parler ou notre obsession avec l’étiquette nous occupent l’esprit, nous n’écoutons pas les paroles du professeur et nous n’observons pas ce qu’il est en train de démontrer. Par conséquent nous manquons l’enseignement et nous répétons continuellement le même comportement et les mêmes actions, tout en espérant un autre résultat.

     

    Pour cette raison et dû aux distractions omniprésentes dans l’esprit de la plupart des élèves, nous devrions nous concentrer seulement sur ce qui doit être fait. Nous autres professeurs perdons fréquemment patience face aux erreurs de nos élèves et nous crions : « Mauvais pied ! » « Ne faites pas ceci ! » « Ne faites pas cela! » Il en résulte que les élèves nagent encore plus dans la confusion. Au contraire, ne devrions-nous pas leur dire et leur montrer ce qu’il faut faire ?

     

    Les élèves sont souvent incapables de voir ce que le professeur enseigne parce que leurs émotions interfèrent avec leur apprentissage. A la racine de nos réactions émotives se trouve l’ego. Si nous le laissons à lui-même, nous permettons aux émotions, telles la convoitise et la crainte, de prendre le dessus. Les émotions opèrent comme des lentilles déformantes qui nous empêchent de voir les choses telle qu’elles sont et par conséquent de prendre des décisions sensées. Bon nombre d’entre nous avons vu des élèves qui après avoir voyagé des milliers de kilomètres afin d’étudier avec un certain professeur échouèrent misérablement parce qu’ils ne s’étaient jamais entraînés à gérer leurs émotions. Il faut du temps pour s’ajuster à la culture, à la langue et à la nourriture. Ajoutons la solitude, la fatigue, les blessures et la folle du logis et nous avons une bombe prête à exploser à tout moment. Un jour le professeur corrige une technique ou fait une réprimande et c’est le désastre.

     

    Quand on se réfère à l’histoire récente des arts martiaux il est évident que bien des conflits politiques sont dus au fait qu’un élève manquait de discipline. A cause de ce manque de discipline cet élève refusait d’écouter ou d’être corrigé par son professeur. Ce genre d’élève, lorsqu’il est réprimandé revient à son instinct de survie, seule façon dont il sait fonctionner dans le monde « réel. »

     

    Parfois il disparaît, abandonnant ses élèves et ses responsabilités dans l’espoir de tout oublier et de recommencer à zéro aux antipodes. S’il a de l’ancienneté et/ou des élèves, il peut aussi essayer de profiter de la confusion en jouant à la victime. (« C’était un complot d’Untel et Untel pour me discréditer ; ils ont manipulé Sensei, etc. ») Il peut aussi, hâtivement, organiser un Passage de Grades surprise, cela afin de se gagner le soutien des indécis. Il peut insinuer: « Si je pars, combien d’autres me suivront ? Pouvez-vous vous permettre de perdre tant de monde ? » Ce genre de comportement désespéré révèle l’état d’esprit de l’élève réprimandé, ainsi que son inhabilité à développer une véritable relation de professeur à élève,

     

    De plus cela montre aussi le fait que le professeur avait vu juste. Un bon professeur est comme un parent. Lorsqu’il faut appliquer la discipline, quelque soit le coût, en dépit du chantage ou bien de la facilité, un vrai parent tiendra bon. Il en est de même d’un vrai professeur. L’élève réprimandé ne se rend pas toujours compte qu’en jouant à la victime il peut bénéficier de la sympathie et du support temporaire des opportunistes que la situation accommode, soit parce qu’ils y voient un gain personnel (le relâchement des critères par exemple) ou une excuse pour décrocher ; ainsi que de ceux qui furent troublés par la situation, famille et amis qui ne comprennent rien au budo. Mais d’ici peu il lui faudra faire face aux conséquences de sa décision : mépris de soi-même et bientôt mépris de la part de ceux qui prirent parti pour lui, élèves qui n’écoutent plus et deviennent réfractaires à tout enseignement, d’autres qui abandonnent ou emmènent des élèves avec eux pour commencer leur propre studio, etc.…

     

    Pour Mochizuki Sensei, le vrai sens de la justice, c’était de traiter les gens en fonction de leurs besoins et de leur niveau de compréhension. Il nous réprimandait fréquemment, parfois en privé, parfois en publique et parfois même devant nos propres élèves. C’était un rappel constant que nous étions là pour apprendre et aussi que l’humiliation était non seulement l’indication de notre ego plutôt enflé mais aussi le moyen d’apprendre l’humilité et de rester vigilant. Certainement, il était facile de se laisser aller à ses émotions :

     

    « Sensei n’est pas juste ! » entendait on. Oui, c’était parfois dur à avaler — l’orgueil menace constamment de prendre le dessus— cependant le rappel éternel : « Tu es ici pour apprendre » refaisait surface presque aussitôt. Une fois que nous avions repris conscience de cet objectif fondamental, il nous devenait alors plus facile de nous concentrer sur ce qu’il fallait faire pour continuer notre apprentissage.

     

    En ce qui concerne nos élèves présents à ces moments, n’était-ce pas une chance d’apprendre ? Dans le cas de Mochizuki Kancho Sensei, plus il avait confiance en nous, plus il était direct avec nous. Lui-même reçut sa part de réprimandes de Kano et Ueshiba Sensei. Il utilisait fréquemment cela dans ses enseignements comme exemples de son shugyo. Le fait qu’il parlait toujours de ses professeurs avec respect était aussi tout un enseignement.

     

    En nous remémorant constamment que nous sommes là pour apprendre, nous pouvons mieux contrôler la Folle du logis et nous concentrer sur ce qu’il faut faire pour apprendre. En partant du principe de base de la concentration sur ce qu’il faut faire, s’ensuivit la méthode en cinq étapes destinée à développer l’attitude mentale favorable à l’étude du budo:

     

    1.Reconnaître le fait.

     

    2.Accepter notre erreur.

     

    3.S’abstenir de tout ergotage ou justification.

     

    4.Corriger l’erreur immédiatement.

     

    5.Confirmer tout le processus mentalement.

     

    Il y a un court intervalle de temps entre l’instant où quelqu’un nous fait une remontrance et notre réaction personnelle. C’est le moment où nous prenons des décisions irréversibles, telles que : ergoter ou déclarer la guerre. Nous pouvons aussi utiliser ce même moment pour accepter l’erreur et y remédier. Si nous nous entraînons à contrôler la Folle du logis, si nous réfléchissons régulièrement à ce qui nous motive dans l’étude du budo, si nous avons déterminé par l’observation et l’expérience que notre professeur a notre intérêt à cœur et que cela surpasse son propre intérêt, s’il est clair dans notre esprit que nous sommes là pour apprendre, alors à ce moment nous pouvons rester conscients du fait que la remontrance est une occasion d’apprentissage et d’amélioration. Il faut se rappeler que notre professeur est aussi un être humain en lutte avec lui-même, bien que plus avancé que nous dans la voie, et qu’il ne faut pas s’attendre à trouver la perfection chez lui. S’il nous passe un savon, nous devrions maintenir notre attention sur la raison pour laquelle nous avons déçu notre professeur, et non sur la manière dont notre professeur nous a exprimé sa déception.

     

    Et si mon professeur avait tort ? Ce n’est pas une question de raison ou de tort. Mochizuki Sensei nous apprit qu’il nous fallait examiner et expérimenter les enseignements auparavant, malgré notre respect profond envers notre professeur. La profondeur de l’enseignement résulte du fait que cela déclencha tout ce processus de pensée et d’expérience. Les découvertes qui s’ensuivront peuvent différer complètement du sens littéral de la leçon originale. Là se trouve tout un domaine nouveau de développement, lorsque guidés par la confiance en notre professeur, nous examinons consciencieusement la chance d’apprentissage qui nous est offerte, avec un esprit clair et libre d’émotions.

     

    De même que nos enfants nous traiteront d’après la manière dont nous avons traité nos parents, nos élèves nous traiteront comme nous avons traité nos professeurs. Les élèves sont la réflexion de leur professeur : on reconnaît un arbre à ses fruits. Donc commençons par nous-mêmes.

     

    La vie quotidienne nous fournit de nombreuses occasions de nous entraîner à utiliser cet intervalle entre la correction et notre réaction. Epoux, membres de la famille, amis et collègues de travail irrités, chauffeurs qui klaxonnent et/ou nous insultent à la moindre erreur, etc. Ils essayent tous de nous dire quelque chose, d’attirer notre attention. Nous devons utiliser cela pour développer notre vigilance et améliorer la manière dont nous nous conduisons et dont nous faisons les choses. Il nous faut commencer par les petites épreuves puis progressivement nous entraîner à gérer des situations de plus en plus difficiles.

     

    Si nous reconnaissons que nous sommes facilement submergés par nos émotions, qu’elles nous empêchent de penser clairement et de prendre de bonnes décisions, si nous savons que cela aboutit immanquablement en mots et actions dont nous regretterons plus tard les conséquences, alors nous devrions pratiquer une méthode du genre de ce qui suit pendant cet intervalle :

     

    1.Immobiliser bouche et corps.

     

    2.Effectuer shinkokyu (respiration profonde) trois fois.

     

    3.Appliquer la méthode en cinq étapes citée plus haut.

     

    Avec l’entraînement régulier, ce processus deviendra un réflexe. Nous nous arrêterons immédiatement, une respiration sera suffisante et le reste suivra.

     

    Mochizuki Sensei insistait constamment sur l’importance de développer concentration et vigilance dès l’enfance. Il appelait cela « cultiver le ki. » C’est par là que commence toute étude. Pour cette raison, Sensei enseignait toutes ses classes – débutants, anciens et enfants. Il observait et connaissait le caractère de tous ses élèves. Pendant le keiko (entraînement) son regard balayait constamment le dojo. Il interrompait fréquemment toute la classe pour corriger une technique et nous la faire travailler jusqu’à ce que nous soyons capables de l’exécuter efficacement. Souvent le résultat était différent de ce qu’il nous avait montré, mais il s’y attendait. Il y avait cette pression permanente de maintenir concentration et vigilance en dépit de la crainte, de la fatigue, de la chaleur et du froid.

     

    L’entraînement fini, les kayoi deshi (élèves externes) retournaient chez eux et se relaxaient. Pour ce qui est des uchi deshi (élèves internes), il restaient sous observation pendant qu’ils vaquaient à leurs occupations quotidiennes. Pour ceux parmi nous qui continueraient et compléteraient leur étude par l’enseignement, cela constituait une occasion unique d’apprentissage et d’entraînement, surtout dans le cas des élèves destinés à enseigner dans un pays étranger où nous serions entièrement livrés à nous-mêmes. C’est ce qui nous préparait à fonctionner en mode solution avant même d’y être. L’aide et le support que nous recevrions de nos élèves et autres personnes n’en seraient que plus précieux.

     

    Les enseignements de Mochizuki Sensei avaient de nombreuses dimensions. Bien qu’il adaptait sa pédagogie aux besoins et au niveau de compréhension de ses élèves, la signification n’en était pas toujours claire. L’objectif était de les faire penser au-delà du sens littéral des mots et de leur faire constater leurs émotions comme des signaux indiquant les obstacles à surmonter. Dans certains cas, le sens n’en apparaîtrait que des années plus tard. Cependant un fait était évident pour ceux qui eurent le privilège de vivre près de lui et d’observer sa vie quotidienne: « Sensei est là pour ses élèves et nous sommes là pour apprendre. » Dans les moments de doute, c’est cela qui aidait à dissiper la confusion.

     

    Patrick Augé

     

    Le 4 avril 2008

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique