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    La vie de Ô Senseï Ueshiba (Cf. Les arts martiaux ou l'esprit des Budô de Michel Random)

    L'éveil d'un sixième sens et le cœur de l'Univers.

    C'est durant ce voyage que se passe le fameux épisode de Ueshiba, tout à coup menacé de mort par un ennemi le visant d'un revolver à six mètres de lui. Brusquement, l'homme fut assailli par Ueshiba et désarmé. Quand on lui demanda plus tard comment il avait réalisé un tel exploit, Ueshiba aurait répondu : il existe un temps très long entre le moment où un homme décide d'appuyer sur la gâchette et le moment où il le fait effectivement. Cet événement prouve que dès lors il possédait la faculté de percevoir les pensées et les mouvements de l'adversaire. Ce sixième sens que seuls quelques grands maîtres parviennent réellement à obtenir va presque toujours de pair avec une profonde expérience intérieure, qu'il est difficile de nommer. Il semble que durant un temps peut-être infinitésimal le voile qui sépare le monde de la perception normale de celui de la réalité profonde cesse tout à coup d'exister. Et cette réalité indicible opère en l'être une mutation définitive. Le témoignage suivant du maître lui-même pourrait s'ajouter à nombre d'autres récits d'expériences analogues laissant pressentir derrière les apparences une fabuleuse réalité seconde. Cet événement eut lieu un jour du printemps 1925 (à l'âge de 42 ans), alors que le Maître se promenait dans son jardin... Se trouvant près d'un arbre de kakis, il lui fut tout à coup impossible d'avancer ou de s'asseoir. Une chaleur intense, faisant abondamment transpirer son visage, l'envahit. « J'eus la sensation, dit le Maître, que l'Univers tremblait soudainement et qu'une énergie spirituelle couleur d'or, s'élevant de la terre, entourait d'un voile mon corps, le transformant en un corps d'or. A ce même instant, mon esprit et mon corps devinrent lumineux. Je pouvais comprendre le babillement des oiseaux et j'eus la claire conscience de la pensée de Dieu, le créateur de l'Univers. A cet instant, je fus éclairé. Je compris que la source des Budô est l'amour de Dieu, l'esprit de l'amoureuse protection de tous les êtres. Des larmes de joie sans fin coulèrent sur mes joues. Depuis lors, j'ai compris que la terre tout entière est ma maison, que le soleil, la lune et les étoiles sont toutes des choses miennes. Je fus libéré de tout désir, non seulement pour ma situation, la renommée ou la prospérité, mais aussi d'être fort. Je compris que le Budô ne consiste pas à faire tomber l'adversaire par la force, qu'il n'est pas non plus un instrument pour porter le monde à sa destruction par les armes : le pur esprit du Budô consiste à accepter l'esprit de l'Univers, à répandre la paix dans le monde, à parler correctement, à protéger et à honorer tous les êtres de la nature. Je compris que l'exercice du Budô c'est accepter l'amour de Dieu qui, entendu dans son sens vrai, protège et cultive toutes les choses de la nature, et qu'il convient de l'employer et de l'assimiler dans notre esprit et notre corps. » Le Maître dira encore que « la voie du Budô est de faire du cœur de l'Univers son propre cœur ». Durant l'été 1927, le Maître quitta la montagne d'Ayabe avec sa famille et alla habiter Tôkyô . Une puissante renommée le précède, et quantité de grands noms et de personnalités célèbres se pressent chez lui pour obtenir la faveur de son enseignement. Le maître forma un groupe de 30 à 40 élèves qui pour la plupart étaient déjà maîtres de Jûdo et de Kendo. Le dôjô du maître, nommé Kobukan, devint le centre d'un entraînement extraordinaire. L'intensité du travail, qui se poursuivrait parfois jour et nuit, forma des hommes d'une force et d'un caractère exceptionnels. L'un d'eux, Shirata Rinjirô, fut un jour provoqué à se mesurer en combat singulier par deux forts en bras. Shirata refusa, soulignant que l'essence même de l'Aïkidô est le non-combattre. Se voyant toutefois attaqué malgré son refus, Shirata projeta son adversaire, le maîtrisa d'une main et lui dit avec humour : « Tu vois, peux tu résister au monde de la non-résistance ? » D'innombrables anecdotes du même genre illustrent l'incrédulité de puissants personnages, champions de lutte, sumotori, boxeurs, etc., pour qui il était inconcevable qu'un homme aussi frêle et mince que le Maître ne puisse être soudainement pulvérisé devant eux. C'est toujours le contraire qui survenait inévitablement : avant même que le coup qu'ils tentaient de porter ait fini sa trajectoire, ils se trouvaient tous immanquablement projetés par une force incontrôlable. Le secret de cette puissance, en regard de ce que dit le Maître, paraît inconcevable à l'esprit. Et pourtant cette force, utilisée sans force précisément, n'est autre que l'énergie de l'Univers. « Les mouvements de l'Aïkidô, dit le Maître, sont les mouvements de la nature, dont le secret est profond et infini. » Réaliser fût-ce une parcelle de ce secret, c'est comprendre intimement que l'homme est lui-même l'expression de cet Univers. Réaliser l'identité de soi et de l'Univers, telle est donc l'expérience fondamentale à partir de laquelle tout peut commencer. De ce point de vue, l'adversaire n'est encore une fois qu'un prétexte, une sorte d'hallucination. Toute résistance n'est qu'apparente, toute difficulté n'est là que pour être pénétrée et traversée comme l'énergie universelle traverse, unifie et métamorphose toutes choses. Cette énergie existe réellement, elle est souffle et mouvement, elle est temps et devenir, elle peut apparaître sous des formes innommables, mais ne peut être réellement captée, mise au service de soi-même que si l'intention est pure. Au lieu d'un sabre, dit encore Ueshiba Morihei, l'Aïkidô est un moyen pour balayer les démons avec la sincérité de notre respiration, c'est-à-dire de transformer le monde ; l'esprit démoniaque en un monde de l’esprit. Et encore : « L'esprit de l'Aïkidô et celui d'une attaque amoureuse et d'une conciliation pacifique, » Seule une pratique et un engagement presque total de soi-même permettent de réaliser le sens complet de ces paroles. La plus grande efficacité étant atteinte dans une sorte de sommet où le non-vouloir est devenu puissant. Il est clair en effet que l'être libéré les tensions intérieures (peurs, angoisses, fissions, etc.) devient à la fois centre et passage d'une énergie fondamentale — et que dès lors cette énergie s'exprime avec les formes innombrables, dont la projection l'adversaire n'est en fin de compte qu'une pression parmi tant d'autres. Ainsi, tout maître réel sait restituer le calme intérieur, guérir le corps, prévenir certaines maladies, agir sur la totalité du corps et de l'esprit et les harmoniser. En 1938, maître Ueshiba installa un dôjô et un temple shintô à Iwama (à 150 kilomètres 1. nord de Tôkyô) et commença à enseigner Aïkidô. Ceux qui avaient la chance d'être admis parmi ses élèves cultivaient la terre et servaient le maître avec un dévouement absolu. Les plus grands maîtres d'arts martiaux du Japon se rendirent à Iwama. Parmi ceux-ci, maître Jigoro Kano, fondateur du Jûdo, qui envoya par la suite à maître Ueshiba nombre de ses élèves. Etre admis dans le dôjô en tant que simple spectateur était déjà un privilège considérable. Toute distraction intérieure ou toute attitude non conforme avec esprit du dôjô était immédiatement perçue par le maître qui suspendait la séance et faisait sortir le visiteur. Cette sorte de vie continua jusqu'à la fin de la dernière guerre. A ce moment, les Américains interdirent toutes formes d'enseignement des arts martiaux. L'Aïkidô s'organisa sur de nouvelles bases : en 1948 s'ouvrit l'Aïkikaï de Tôkyô. Dès lors, l'Aïkidô allait progressivement prendre une extension mondiale. Le 26 avril 1969, le maître Ueshiba Morihei mourut à Tôkyô au terme d'une longue maladie, âgé de 86 ans. L'Aïkidô qu'enseignait le Maître Ueshiba était l'Aïkidô sans forme, une expression du vide. « L'Aïkido, disait-il, n'est pas ce qui se traduit par des mouvements, mais ce qui se situe bien avant la naissance de la forme, car l'Aïkidô fait partie du monde psychique du vide. »

     

    Le Maître méditait dans son jardin à l'âge de 76 ans. L'harmonie de toutes choses était en lui, car il avait l'intelligence du cœur. Et chaque matin, disait-il « ce cœur est à nouveau tout neuf et on recommence à l'offrir à ses frères de vie ».

     

    Source : http://www.aidoi.com/aikido-ueshiba-10.php

     


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