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    LES TRADITIONS JAPONAISES

     

     

    LES JARDINS JAPONAIS :

    Le jardin japonais est une variante du jardin chinois. Il apparaît vers le VIe siècle et se développe au VIIIe siècle (parc d'Omia, créé pour l'empereur Kwammu). S'y rattachent des traditions établies ultérieurement, tels le cérémonial du thé, l'art floral (ikebana) et les jardins miniatures (bon-keï). Le bon-keï se subdivise en deux genres essentiels : le bonsaï (arbre miniature cultivé comme plante ornementale d'intérieur ou d'extérieur), qui se compose d'arbres nains, et le bon-seki, constitué par des rochers. C'est toutefois à l'époque Muromachi (XIVe-XVIe s.) que le jardin japonais connaît son apogée. L'exemple le plus achevé est le fort célèbre jardin de sable et de pierres du Ryoan-ji (1485-1525) attribué au peintre, poète et dessinateur de jardins Soami et situé à Kyoto

     

     

    L'ART DU LAQUE

    Art de décorer un objet (un laque) avec une gomme-résine naturelle (la laque).

    À l'origine, la laque est utilisée en Chine pour protéger des armes et des objets ménagers contre les intempéries. Sa solidité, la délicatesse de son aspect et surtout le travail nécessaire à son application engendrent très tôt un art luxueux et prestigieux.

    La flore de la Chine méridionale, de la Corée, du Japon et de l'Asie du Sud-Est compte parmi ses essences deux arbres, Rhus succedanea et Melanorhoea laccifera, qui, après incision du tronc, laissent écouler une gomme-résine d'aspect crémeux, laquelle donne par raffinage une matière incolore, la laque. L'objet laqué est mis à sécher dans un lieu humide, ce qui permet, après une transformation moléculaire enzymatique, la polymérisation de la laque. Elle acquiert ainsi une haute résistance à l'eau, aux solvants et aux acides, et supporte des températures de près de 400 oC.

    La laque peut être colorée par introduction de pigments, de poudre d'or ou d'argent. Elle peut s'appliquer sur de nombreux supports, mais a principalement été utilisée sur le bois. Chaque fine couche est séchée et poncée avant l'application de la suivante. À l'époque Ming, le nombre de couches pouvait atteindre une vingtaine et parfois d'avantage.

    L'art du laque comprend de nombreuses techniques, classées en deux groupes : les laques peints (houa-ts'i) et les laques sculptés (tiao-ts'i). En Chine, au IVe siècle av. J.-C., on trouve des houa-ts'i colorés. Dès les Han (à partir de 206 av. J.-C.), on connaît les décors sculptés dans l'épaisseur des couches. Le laque peut aussi être incisé, les creux étant ensuite emplis d'or ou de couleurs. Enfin, il peut être incrusté de matières précieuses ou semi-précieuses telles que l'ivoire et la nacre.

    Le laque japonais utilise sensiblement la même technique que le laque chinois. Jusqu'au VIe siècle, le laque chinois a valeur de modèle, mais ensuite la grande technique japonaise du maki-e, saupoudrage d'or sur laque noire, fait son apparition, et la virtuosité et l'invention des artistes japonais s'imposent et s'affirment jusqu'à nos jours.

     

    Les grandes découvertes permirent l'importation des objets et de la technique du laque en Europe, où apparaissent les célèbres laques de Venise. Au XVIIe siècle, les laques chinois se répandent en même temps que l'intérêt portéà l'Extrême-Orient (laques de Coromandel, côte orientale de l'Inde d'où sont expédiés les laques). La Grande-Bretagne est friande de cet exotisme. Les ébénistes du XVIIIe siècle utilisent la laque dans le décor du mobilier Louis XV. Les frères Martin, laqueurs du roi (1748), donnent leur nom au vernis Martin, qui permet l'imitation parfaite des laques de Chine.

     

     

    LE THEÂTRE JAPONAIS

    Le théâtre japonais comprend trois grands genres : le théâtre poétique (no) ; le théâtre de marionnettes (bunraku) ; le théâtre d'acteurs ( kabuki ).

    Au VIIIe siècle, le théâtre est importé de Chine avec tous les autres éléments de la culture chinoise. Parmi les divertissements d'origine continentale, on trouve surtout des danses, qu'on répartit en deux catégories : le bugaku, divertissement dansé accompagné d'une musique raffinée (gagaku), qui constitue par excellence le spectacle de cour - la tradition se poursuit de nos jours ; le sangaku, ou divertissements variés, ensemble de spectacles comiques ou vulgaires qu'on rebaptise bientôt sarugaku (" danse de singes "). Au début du XIVe siècle, deux genres se distinguent parmi ces " danses de singes ", les danses agrestes, ou dengaku no no, très prisées dans la capitale, et les danses inspirées par les gestes rituels des maîtres d'exorcisme du bouddhisme ésotérique, entrecoupées de farces ou d'épisodes épiques déclamés sur un accompagnement de biwa (sorte de luth) : ce sont les sarugaku no no, forme primitive du no. Trois hommes ont contribuéà faire de ce théâtre populaire un théâtre raffiné : Yuzaki Kujotsugu Kanami (1332-1381), son fils Yuzaki Motokujo Zeami (1363-1443) et un shogun, Ashikaga Yoshimitsu (1358-1408). Ce dernier, ayant assisté par hasard à une représentation de sarugaku no no, a été saisi par le talent de Kanami et la grâce de Zeami et les a invités à la cour.

     

    Le NO : Le no est une sorte de long poème dansé et chanté qu'accompagnent un orchestre et un petit chœur. Toutes les pièces possèdent un livret similaire : un moine, passant au cours d'un voyage par un lieu célèbre, y évoque les héros, les divinités, démons ou spectres qui hantent l'endroit. À leur évocation, ceux-ci apparaissent et revivent leur histoire afin d'être finalement délivrés de leurs maux grâce aux prières du moine. Un programme de no dure une journée (" journée de no ") et comporte normalement cinq pièces, entre lesquelles s'intercalent des intermèdes comiques, ou " paroles folles " (kyogen), qui rappellent les fabliaux du Moyen Âge européen. Le répertoire actuel de no compte environ 240 pièces, dont la moitié sont de Zeami, également auteur d'un traité de théâtre, la Tradition secrète du no (vers 1400).

     

    Le HAIKAI : La récitation épique du haikai devait inspirer une autre forme de théâtre. Thèmes et mode de récitation épiques sont empruntés par les auteurs de livrets de danse (mai no hon), vers le XVe siècle. Au XVIe siècle, un cycle pseudo-épique s'élabore ; il décrit l'enfance de Minamoto no Yoshitsune et ses amours avec la demoiselle Joruri. Un nouvel art était apparu, le joruri, que les récitants contaient en s'accompagnant d'un luth à trois cordes, le shamisen, forme théâtrale à laquelle les moines empruntaient des anecdotes édifiantes. Vers 1630, des montreurs de marionnettes, artistes ambulants qui produisaient devant le public des poupées de bois ou de terre cuite et leur faisaient mimer grossièrement des histoires racontées par les femmes, s'associent aux conteurs de joruri. Ils perfectionnent leur matériel et s'installent dans la région d'Osaka et de Kyoto : c'est la naissance du théâtre de marionnettes (bunraku).

     

    Le KABUKI : Le kabuki, l'" art de se contorsionner ", devenu la " technique du chant et de la danse ", dérive lui aussi du sarugaku. Au XVIIe siècle, c'est un spectacle de bateleurs agrémenté de farces et de danses osées, exécutées par des femmes. Ces danses sont interdites en 1630, les femmes étant remplacées par des hommes, et une nouvelle interdiction intervient en 1652. Cependant, des acteurs venus du kyogenélaborent des pièces où les rôles de femmes sont tenus par des hommes (comme dans le no ), et, quand le public d'Osaka se lasse des marionnettes, ils reprennent à leur compte le répertoire du joruri. Un nouveau spectacle, qui tient autant de l'opéra et du music-hall que du théâtre, se constitue. Deux de ses auteurs restent aujourd'hui célèbres, Tsuruya Nanboku (1755-1829), auteur de L'Horrifique Histoire de Yotsuya , et Kawatake Mokuami (1816-1893), surnommé le " Poète des Voleurs ".

     


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    Histoire du Japon

    LE PEUPLEMENT

    La position géographique du Japon, dernière terre à l'est de l'Extrême-Orient, détermine largement l'histoire du pays : celle-ci est marquée par les arrivées successives d'éléments culturels originaires du continent ; à des périodes d'ouverture sur l'extérieur succèdent des siècles d'isolement insulaire. Ce phénomène se manifeste dès la préhistoire, et le peuplement est en fait l'aboutissement de la migration de populations venues par vagues du nord ou du sud. Les Aïnous , qui peuplaient la majeure partie du pays à l'époque néolithique, ont été progressivement refoulés vers le nord par des populations venant sans doute du sud de la Chine.

    LES DEBUTS DE LA CIVILISATION INSULAIRE

    L'histoire japonaise débute avec l'époque Jomon (7000-300 av. J.-C.), qui correspond à une civilisation néolithique. Le mode de vie est celui de la chasse et de la cueillette ; la vie culturelle se caractérise par une abondante poterie ornée de motifs cordés (jomon) qui ont donné leur nom à cette époque. C'est au cours de l'époque Jomon, vers 660 av. J.-C., qu'un descendant légendaire de la déesse du Soleil Amaterasu , Jimmu Tenno , aurait fondé l'Empire japonais. Au IIIe siècle av. J.-C., sous l'influence de la Corée , une deuxième civilisation néolithique, plus avancée, apparaît dans le nord de Kyushu, l'île la plus proche de la péninsule coréenne. Cette culture, dite de Yayoi (300 av. J.-C.-300 apr. J.-C.), du nom du quartier de Tokyo où ont été découvertes les poteries qui la caractérisent, se répand jusque vers le nord du Japon ; elle est marquée par l'apparition de poteries au tour et d'une métallurgie pauvre, par le développement de la riziculture irriguée et de la sédentarisation. Les livres chinois de l'époque décrivent la société japonaise comme une société tribale hiérarchisée et soumise à l'autorité d'individus possédant des pouvoirs magico-religieux. C'est alors que se constitue la religion nationale japonaise, le shinto .

     

    Le processus d'unification par la guerre s'achève au Ve siècle apr. J.-C. ; les chefs des clans du Yamato , qui se veulent les descendants d'Amaterasu, ont alors assis leur autorité sur la plus grande partie du pays. Des chefs puissants édifient d'immenses sépultures, des allées dolméniques recouvertes de tumulus : aussi cette époque est-elle appelée celle des " sépultures antiques " ( kofun ) ; elle se prolonge jusqu'en 552.

     

    NAISSANCE DU JAPON IMPERIAL

    Les Japonais étaient probablement entrés en contact avec les Chinois dès le début de l'ère chrétienne, mais c'est au VIe siècle que le Japon commence à subir l'influence de la culture chinoise et du bouddhisme. La première grande personnalité de l'histoire japonaise est Shotoku Taishi (574-622), régent et neveu de l'impératrice Suiko (554-628). Adepte fervent du bouddhisme et fin politicien, il étatise le monastère bouddhiste d'Asuka et, en 604, promulgue la Constitution des 17 articles, qui s'inspire des préceptes bouddhiques et confucéens . Dès lors, missions diplomatiques et étudiants sont régulièrement envoyés en Chine

    La proclamation de l' ère du grand changement " par le chef du clan Yamato, en 645, amène une série de réformes qui introduisent au Japon la conception chinoise de l'État impérial. Les codes de 646 et de 701 confirment l'existence du pouvoir impérial, nationalisent les terres et établissent une hiérarchie imitée de celle de la Chine ; ils interdisent aux nobles de se faire construire des tumulus funéraires (les kofun) et divisent le pays en provinces. En 710 , enfin, une capitale, copiée sur le modèle de Changan (actuelle Xi'an), est établie à Nara . Cependant, cette politique révolutionnaire n'est guère appliquée que dans les provinces proches de la cour, où l'autorité centrale est solidement assise.

    LA REGENCE DES FUJIWARA (850 - 1100)

    En 794, la cour, assujettie à des moines bouddhistes de plus en plus puissants, déménage à Heian (Kyoto), qui restera capitale jusqu'en 1868. Le transfert de la capitale marque le début d'une nouvelle politique. Le Japon se détourne de la Chine, où le pouvoir des Tang est entré en décadence à la fin du IXe siècle, et se replie sur lui-même. Le symbole de ce repli est l'apparition d'un système d'écriture japonais (qui s'ajoute aux caractères chinois, toujours utilisés), avec une production d'oeuvres artistiques et littéraires originales.Brillante sur le plan culturel, cette époque est celle de l'échec de la politique de centralisation. Un système élaboré de fraude fiscale s'instaure avec la double tenue des terres. Les nobles de la cour délèguent leurs pouvoirs administratifs aux nobles provinciaux, qui prêtent leurs terres aux paysans moyennant la propriété d'une large partie des récoltes ; les seigneurs de province remettent à leur tour une part des récoltes aux nobles de la cour pour les remercier de leur protection. L'État impérial, placé hors du circuit économique, est bientôt ruiné ; il conserve son prestige religieux, mais son pouvoir politique est confisqué par la grande famille des Fujiwara . Ceux-ci se sont taillé d'immenses domaines, et ils réussissent à s'imposer grâce à une habile politique matrimoniale : les filles Fujiwara épousent des empereurs enfants et leur conseillent de laisser le pouvoir à leurs fils dès que ceux-ci peuvent présider les cérémonies de cour. Un régent Fujiwara est nommé pour assister le jeune empereur ; lorsque ce dernier atteint sa majorité, le régent devient kanpaku , " Régent de Majorité ".

    Querelles de Succession : Mais autour de la famille Fujiwara s'élèvent bientôt de sanglantes querelles de succession, qui opposent les familles Minamoto (Kanto ) et Taira (mer Intérieure). L'histoire du XIIe siècle se confond avec celle de ces deux familles, qui sont de sang impérial et qui jouissent d'un grand prestige. Taira no Kiyomori (1118-1181) remporte d'abord de grandes victoires militaires (1156, 1160) sur les clans adverses et marie sa fille à l'empereur. Mais Kiyomori, éloigné de ses vassaux à Kyoto, perd son ascendant sur ses domaines, tandis que les Minamoto se réorganisent autour de Yoritomo (1147-1199). À l'issue d'une terrible guerre qui ravage le pays de 1180 à 1185, les chefs Taira sont assassinés ou se suicident ; l'empereur lui-même, petit-fils de Kiyomori, trouve la mort.

    LE JAPON FEODAL (1185 - 1573)

    Yoritomo s'installe à Kamakura, dans le Kanto ; il respecte la façade du pouvoir impérial, et prend le titre de généralissime, shogun . Ce nouveau gouvernement, qui s'appelle bakufu , se définit comme un simple pouvoir militaire, mais il constitue en fait le premier gouvernement centralisé de l'histoire japonaise. Un système de gouvernement personnel est mis en place, dans lequel les protecteurs militaires et les gouverneurs domaniaux chargés de la gestion des provinces sont directement rattachés au shogun. Ce système s'écroule cependant avec la mort de son fondateur, en 1199. Les querelles de succession et l'intervention de la belle-famille de Yoritomo, les Hojo , aboutissent à la ruine des Minamoto.

    En 1219, les Hojo prennent le titre de régent et détiennent la réalité du pouvoir, alors que subsistent un empereur et un shogun. L'autorité centrale est néanmoins devenue vacillante : les désastres dus à la guerre, la pléthore de guerriers sans charge, l'affaiblissement des alliances du XIIe siècle sont à l'origine de multiples revendications, que freine quelque temps la menace d'invasion mongole. Kubilay khan , maître d'une large partie de l'Asie, demande la capitulation du Japon, mais échoue à deux reprises à envahir le pays (1274, 1281). L'empereur Go-Daigo (1288-1339) tente alors de restaurer le pouvoir impérial et lance la révolte contre les Hojo. Mais il doit s'allier au général Ashikaga Takauji (1305-1358), qui le chasse en 1336 et met sur le trône une branche collatérale. L'empereur se replie dans le Yoshino, où une seconde cour impériale se maintient jusqu'en 1392.

    Les Ashikaga prennent le titre de shogun en 1338, et ils le conserveront jusqu'en 1573. Cependant, dès le milieu du XVe siècle, de nouvelles guerres intestines déchirent le pays et de nouveaux grands féodaux, les daimyo, qui s'appuient sur le peuple des campagnes, prennent le contrôle de provinces entières et possèdent de véritables armées. La cour de Kyoto , dont les domaines sont rognés de toutes parts, est ruinée. Les Ashikaga délaissent l'administration pour s'ériger en mécènes : c'est sous leur égide que s'épanouit l'art zen et que les monastères de la capitale s'ornent d'admirables jardins.

    L'ERE TOKUGAWA (1573-1867)

    Cependant, de grands daimyo (chefs de clan) tirent avantage de l'utilisation des armes à feu importées d'Europe afin d'accroître leurs immenses pouvoirs. En 1573, le daimyo Oda Nobunaga (1534-1582) renverse les Ashikaga. Ses successeurs Toyotomi Hideyoshi (1536-1598) et Tokugawa Ieyasu (1542-1616) mènent à bien son oeuvre malgré deux tentatives infructueuses d'invasion de la Corée (1592 et 1597). Après l'écrasement des derniers daimyo en 1600, Tokugawa Ieyasu prend le titre de shogun et s'installe à Edo (l'actuelle Tokyo). Il s'emploie à mettre en place un pouvoir centralisé, rigide et conservateur qui protège les daimyo de la famille Tokugawa ; les autres, dits " daimyo de l'extérieur ", sont placés sous la surveillance des premiers et dispersés aux extrémités du pays. Tous les seigneurs doivent résider un an sur deux dans la capitale ; quand ils sont dans leur fief, leur famille doit rester en otage à Edo. En outre, s'inspirant des thèmes sociaux confucéens, Tokugawa Ieyasu divise la population en quatre catégories cloisonnées : les guerriers-administrateurs, les paysans, les artisans et les marchands.

    En politique extérieure, les Tokugawa pratiquent l'isolationnisme. Alors que, sous les Ashikaga, Osaka entretenait des rapports florissants avec l'étranger, le commerce extérieur est maintenant restreint : seul l'îlot de Deshima , dans la baie de Nagasaki, reste accessible aux Néerlandais. Les missionnaires jésuites, arrivés en 1549 (saint François Xavier), sont expulsés, le christianisme est interdit (il y avait en 1580 plus de 150 000 chrétiens au Japon), les étrangers sont chassés. Cependant, dans ce pays occupé de l'extérieur mais pacifié, le commerce intérieur se développe et la classe marchande, la dernière de la hiérarchie féodale, connaît un essor prodigieux ; des fortunes familiales considérables se constituent dès la fin du XVIIe siècle, comme celle des Mitsui. La classe la plus défavorisée est celle des paysans, décimés par les famines, encore qu'ils jouissent d'une certaine indépendance. Une agriculture de marché se substitue progressivement à l'agriculture de subsistance, et une élite apparaît : aux côtés des marchands, elle fréquente les écoles monastiques (terakoya).

    Au XVIIIe siècle, la renaissance des études nationales, longtemps éclipsées par la culture chinoise, permet la redécouverte de la religion primitive, le shinto, qui fait de l'empereur le descendant du Soleil. Ainsi apparaît un courant nationaliste favorable à la restauration impériale, mais aussi à l'utilisation des techniques occidentales.

    L'ERE MEIJI (1867 - 1912)

    C'est l'intervention étrangère qui entraîne le renversement du shogunat. Néerlandais et Américains réclament un libre accès portuaire. En 1853 , le commandant américain Perry pénètre dans la baie de Tokyo (encore appelée Edo) et le gouvernement japonais doit céder. En 1858, cinq ports, ainsi qu'Osaka et Tokyo, sont ouverts au commerce occidental ; les Américains bénéficient de l'exterritorialité. La cour de Kyoto, mal informée de la gravité des menaces extérieures, s'insurge de la faiblesse des Tokugawa. Les partisans de la cour et les seigneurs de l'extérieur se coalisent alors contre le shogun et, le 3 janvier 1868, le jeune empereur Mutsuhito (1867-1912) annonce la restauration de la monarchie absolue. Son règne, appeléère Meiji , est celui de la transformation rapide du Japon en grande puissance moderne.

    Comme au VIIe siècle, le Japon se met à l'école de l'étranger : les fiefs sont démantelés et remplacés par des départements ; les guerriers sont licenciés et remplacés par une armée de paysans ; les citoyens sont égaux. L'État construit des usines pilotes, des chemins de fer, un réseau télégraphique, il crée un système monétaire, institue la fiscalité universelle et l'enseignement obligatoire. En 1889 enfin, la Constitution impériale est promulguée : le pouvoir réel est entre les mains d'une oligarchie, mais deux Chambres, celle des représentants et celle des pairs, marquent le début d'une vie parlementaire agitée.

    Suivant le modèle occidental, le Japon se lance dès 1894 dans l'impérialisme : une révolte ayant éclaté en Corée, il y envoie une armée de pacification qui se heurte aux troupes chinoises. Le 17 avril 1895 , le traité de Shimonoseki consacre la victoire japonaise. Inquiet des visées russes sur la Corée, le Japon s'allie avec la Grande-Bretagne en 1902, puis en 1904 déclare la guerre à la Russie. Cette dernière, gênée par ses troubles intérieurs et par l'éloignement du champ des opérations, connaît une défaite cuisante (1905) et doit renoncer à toute ambition en Corée. Enfin, tirant profit de la Première Guerre mondiale et de sa position d'allié de la Grande-Bretagne, le Japon s'empare en 1919 des colonies allemandes en Extrême-Orient et s'octroie des privilèges économiques en Chine

    LE JAPON MILITARISTE

    Ces victoires sont liées aux progrès économiques, eux-mêmes favorisés par l'exportation vers des pays moins développés et par une main-d'oeuvre bon marché. Mais, dès 1910, des difficultés surgissent. L'apprentissage de la vie parlementaire se révèle complexe, l'opposition rendant impossible tout vote budgétaire, sauf en période de guerre. Les ministres se succèdent, l'anarchie parlementaire provoque finalement la crise du Taisho (nom de l'ère qui, de 1912 à 1926, succède à l'ère Meiji, laquelle s'achève à la mort de Mutsuhito). Cette crise marque la fin de l'oligarchie ; en 1925, le principe du suffrage universel masculin est adopté. Dans l'ensemble, les années 1920 coïncident avec une époque d'instabilitééconomique, sociale et intellectuelle. Inflations et déflations, contrecoup de la récession internationale, déséquilibrent l'économie. La population rurale se sent tenue à l'écart de la modernisation. En 1922, un parti communiste est fondé. Ces déséquilibres engendrent une montée du nationalisme, qui met fin au régime démocratique. Pressé par son problème démographique (60 millions d'hab.), le Japon reprend ses conquêtes. En 1932 , il fonde en Chine l'État satellite du Mandchoukouo . En 1934, il occupe la province chinoise du Jehol (ou Rehe). L'armée domine alors la vie politique en perpétrant un nombre très élevé d'assassinats terroristes. La création d'une police spéciale et la publication des " principes fondamentaux de l'archétype national ", qui constituent une idéologie nationaliste et raciste, transforment le Japon en société totalitaire. Le nouvel empereur Hirohito (régent depuis 1921, empereur en 1926) ne s'oppose pas à cette évolution

    .LA SECONDE GUERRE MONDIALE

    L'incident du pont Marco-Polo qui, le 7 juillet 1937 , oppose Chinois et Japonais dans la banlieue de Pékin, marque le début de la guerre avec la Chine. Le 13 août, les Japonais entrent dans le port de Shanghai, puis s'emparent de Nankin (Nanjing ) : malgré leur victoire apparente, une guérilla de résistance irréductible se développe. Dans la guerre mondiale, le Japon, qui a pour ennemis traditionnels la Russie et les États-Unis, se range aux côtés de l'Allemagne nazie et profite de la guerre européenne pour s'emparer des possessions coloniales des belligérants en Asie et créer une sphère de coprospérité asiatique. Les États-Unis , inquiets de cette expansion, prennent alors des mesures de rétorsion économiques. Aussi, le 7 décembre 1941 , l'aviation japonaise détruit la flotte américaine à Pearl Harbor , provoquant l'entrée en guerre des États-Unis. Malgré leur résistance acharnée, les Japonais, vaincus à Midway en 1942, sont bientôt pris dans l'étau américain : attaque des colonies japonaises, bombardement des métropoles. En avril 1945, les forces américaines s'emparent d'Okinawa . Les 6 et 9 août 1945 , deux bombes atomiques sont lancées sur Hiroshima et sur Nagasaki , faisant 200 000 morts. Le 14 août, l'empereur annonce la capitulation.

     

    L'APRES-GUERRE

    Le Japon tire la leçon de la guerre et, ruiné, se met à l'école des occupants alliés, en fait celle des Américains dirigés par le général Douglas MacArthur , chef du SCAP (commandement suprême des forces alliées, auquel la Chine et l'URSS refusent de participer). Après une épuration sévère, mais sans commune mesure avec la dénazification en Allemagne, les occupants réforment les institutions. La nouvelle Constitution met en place un véritable régime parlementaire et établit que " le Japon renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation " et qu'" il ne sera jamais tenu de forces terrestres, navales ou aériennes ou autre potentiel de guerre ". Économiquement, les Américains démantèlent les zaibatsu (groupes financiers) et établissent un impôt sur le revenu. Une législation du travail est mise en œuvre, et les syndicats se développent rapidement, mais ils sont bientôt freinés par les Américains eux-mêmes, qui redoutent une agitation communiste. Il faut encore noter la réforme agraire, qui peut se résumer ainsi : rachat intégral des terres des propriétaires non résidents et rachat partiel des terres des résidents non exploitants ; possibilité d'accession à la propriété pour tout tenancier. L'éducation, enfin, est réformée : on met en place un système d'enseignement à l'américaine (scolarité obligatoire de neuf années).

    Cependant, dès 1948, lorsque la Chine s'oriente vers le communisme , la politique américaine se modifie : le Japon apparaît comme le seul rempart de l'Occident en Extrême-Orient. La priorité est donnée à la reconstruction de son économie. Politique d'austérité et relance de l'économie des grands trusts, telles sont les nouvelles mesures qui suscitent l'opposition de la gauche, jusque-là satisfaite des réformes démocratiques. La conscience politique et nationale renaît.

    Le traité de paix est signé le 8 septembre 1951 à San Francisco. La guerre de Corée et le rappel de MacArthur précipitent le départ des Américains , qui a lieu en avril 1952 . Le Japon, doté d'une force militaire défensive de 75.000 hommes, est théoriquement indépendant, mais il est en fait placéà l'abri du " parapluie " nucléaire américain par un pacte de sécurité.

    LE REDRESSEMENT : Les années 1950 sont celles d'un redressement fulgurant. Le produit national brut progresse de 10 % par an, alors que la croissance démographique n'est que de 1 % (grâce à la loi de 1948, qui favorise la contraception et légalise l'avortement). C'est le PLD (parti libéral-démocrate) qui préside à ce redressement. En politique extérieure, les problèmes sont ceux de la normalisation des relations avec les pays non signataires du traité de San Francisco , avec l'URSS (1956 ) et la Chine (1972). Ayant renoncéà toute conquête par les armes, le Japon se lance dans la " conquête " économique de ses anciennes colonies, puis du monde. Le seul véritable problème est celui des relations avec les États-Unis : le renouvellement tous les dix ans du pacte de sécurité nippo-américain est l'occasion de violentes protestations de la part de la gauche. Au seuil des années 1980, le Japon est la troisième puissance économique du monde libre.

    LES ANNEES 1980 : Le début des années 1980 se caractérise par un tassement de la croissance économique, consécutif aux chocs pétroliers (octobre 1973, puis février 1979), à l'effort d'assainissement de l'économie et à la reconversion de l'industrie lourde vers la haute technologie. En parallèle, des affaires de corruption agitent la vie politique japonaise ; l'ancien Premier ministre Tanaka Kakuei en particulier est condamné en 1983 à quatre ans de prison. Le parti libéral-démocrate, au pouvoir depuis quarante-cinq ans, perd la majorité absolue à la Chambre, cependant qu'émerge au sein du parti, après une lutte intense, la figure de Nakasone Yasuhiro , héritier le plus direct de Tanaka.

    Après le contre-choc pétrolier (forte baisse du prix du baril) de janvier 1986, la reprise de l'économie japonaise se dessine nettement, avec des taux de croissance annuels qui vont augmentant jusqu'en 1991. L'" ère Nakasone ", si elle constitue bien une phase de prodigieux développement, n'échappe pourtant pas aux problèmes traditionnels du Japon : agitation endémique des mouvements politiques extrémistes, scandales liés à la corruption, qui éclaboussent ou impliquent directement la plupart des personnalités du monde politique (dont Nakasone), et enfin relations de plus en plus tendues avec les États-Unis concernant le gigantesque excédent commercial nippon et la nécessité du burden sharing (ou " partage du fardeau " financier) en matière de défense. La mort de l'empereur Hirohito , en 1989 , et l'affliction dont témoigne la population montrent la force de traditions qui continuent de structurer en profondeur la société japonaise.

    L'Ere Heisei : Alors que l'empereur Akihito succède à son père, inaugurant ainsi une nouvelle " ère ", selon une tradition du Japon impérial remise à l'honneur en 1979, les États-Unis entreprennent de livrer une véritable guerre commerciale au Japon, qui entretient des relations politiques déjà tendues (depuis 1945) avec tous ses voisins asiatiques, malgré les excuses et les regrets " pour les actes commis par le Japon " durant la Seconde Guerre mondiale que formulent Premier ministre et empereur en visite officielle dans les pays concernés. La fin de la guerre froide , par le relatif vide stratégique qu'elle entraîne, ravive en effet les appréhensions et les ambitions des puissances régionales ; la puissance économique et financière du Japon, son réarmement partiel, l'emprise que ses capitaux et sa technologie exercent de fait sur le développement de la région sont perçus comme autant de menaces. Isolé, le Japon se retrouve dans un tête-à-tête avec l'allié américain, soucieux avant tout de rétablir les grands équilibres de son économie.

    La guerre du Golfe et la politique monétaire américaine de forte dépréciation du dollar viennent encore amplifier les effets de la crise boursière et immobilière qui affecte gravement l'économie japonaise, et qui perdure pendant les années 1990. Cette crise économique se double d'une crise politique et peut-être sociale.

    La société japonaise montre en effet des tendances contradictoires : d'un côté, la jeunesse japonaise adopte de plus en plus des comportements et un individualisme " occidentaux ", qui allient désintérêt pour la politique, lassitude vis-à-vis du rythme de travail et rejet de certaines valeurs traditionnelles ; de l'autre, on assiste à la promotion de plus en plus affichée de ces mêmes valeurs par certaines fractions de la classe politique : en témoigne ainsi, le 11 avril 1999, l'élection au poste de gouverneur de Tokyo de Shintaro Ishihara, romancier populaire, connu pour son antiaméricanisme et son respect des traditions nationales.

     

     


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