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    Le Bushidô. L’âme du Japon.

     

    http://laquetedekiaz.com/2011/04/06/le-bushido-l%E2%80%99ame-du-japon/

     

     


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    Bu - martial - Shi - guerrier - Do - la voie

     

     

    "Bushido signifie la volonté déterminée de mourir.

    Quand tu te retrouveras au carrefour des voies

    et que tu devras choisir la route, n'hésite pas :

    choisis la voie de la mort.

    Ne pose pour cela aucune raison particulière

    et que ton esprit soit ferme et prêt.

    Quelqu'un pourra dire que si tu meurs

    sans avoir atteint aucun objectif,

    ta mort n'aura pas de sens :

    ce sera comme la mort d'un chien.

    Mais quand tu te trouves au carrefour,

    tu ne dois pas penser a atteindre un objectif :

    ce n'est pas le moment de faire des plans.

    Tous préfèrent la vie à la mort et si nous nous raisonnons

    ou si nous faisons des projets nous choisirons la route de la vie.

    Mais si tu manques le but et si tu restes en vie,

    en réalité tu seras un couard.

    Ceci est une considération importante.

    Si tu meurs sans atteindre un objectif,

    ta mort pourra être la mort d'un chien,

    la mort de la folie,

    mais il n'y aura aucune tache sur ton honneur.

    Dans le Bushido , l'honneur vient en premier.

    Par conséquent, que l'idée de la mort soit imprimée dans ton esprit

    chaque matin et chaque soir.

    Quand ta détermination de mourir en quelque moment que ce soit

    aura trouvé une demeure stable dans ton âme,

    tu auras atteint le sommet de l'instruction du bushido".

     

     

    Qu'est ce que le Bushido ?

     

     

    C'est le respect d'un certain stoïcisme, du mépris du danger et de la mort, d'honneur, de courage, de fidélité absolue à la parole donnée; une philosophie qui s'adresse avant tout au gentilhomme, au Bushi. Au bouddhisme, le guerrier puise un sens de sereine confiance dans le destin, un esprit de soumission à l'inévitable. L'acceptation stoïque du danger et de ses conséquences, le dédain de la vie. Au shintoïsme, le Bushi puise les notions de loyauté envers le supérieur, de vénération des ancêtres, de piété filiale, de passivité et de patriotisme. Clef de voûte de cette mentalité, la rectitude, la justice ou Giri est la vertu la plus importante : c'est le devoir pur et simple. La deuxième vertu est le courage ou la disposition à accomplir ce qui est juste. Vivre lorsqu'il est juste de vivre et mourir lorsqu'il est juste de mourir. Le nasake ou bienveillance, vient ensuite. C'est la magnanimité, la pitié, la sympathie, le tout cultivé par la poésie et la musique. Oser vivre quand la vie est plus pénible que la mort, apprendre à ne point se plaindre, malgré les plaintes de l'âme et les souffrances du corps voilà l'ascèse de celui qui suit le bushido.

     

    Quelques règles de vie :

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      • Le vrai courage consiste à vivre quand il est juste de vivre, à mourir quand il est juste de mourir.
      • Il faut songer à la mort avec la conscience vive de ce qu'exige l'honneur d'un samouraï, peser chaque parole avant de la prononcer, se demander avant de répondre si ce que l'on a à dire est vrai.
      • Manger avec modération, éviter la volupté.
      • Après les tâches quotidiennes, se souvenir du mot Mort, ne pas faillir de le mettre en son cœur.
      • Un homme qui méconnaît la vertu n'est pas un samouraï. Pour tout homme, les parents sont comme la tige de son propre corps, lui-même est branche consanguine de ses parents.
      • Respecter la règle de la tige et de branches; l'oublier, c'est ne jamais parvenir à comprendre ce qu'est la vertu. - Un samouraï se conduira en fils et en sujet fidèle. Il ne quittera pas son suzerain, quand bien même le nombre de ses sujets passerait de cent à dix, de dix à un.
      • En temps de guerre, le témoignage de sa loyauté consistera à se porter s'il le faut au-devant des flèches ennemies sans faire cas de sa vie.
      • Loyauté, esprit de justice, bravoure sont les trois vertus naturelles du samouraï.
      • Un samouraï, où qu'il dorme, ne doit pas mettre les jambes dans la direction du logement de son suzerain. De même, quand il s'exerce au tir à l'arc, il ne doit pas pointer ni lancer sa flèche dans la direction de son suzerain, ou encore quand il pose sa lance.
      • Le faucon ne pique pas les épis, même quand il meurt de faim. De même un samouraï se servant d'un cure-dents fera-t-il semblant de s'être régalé, même quand il n'a pas mangé.
      • Si à la guerre un samouraï perd le combat et s'il est obligé de livrer sa tête, il manifestera hardiment son nom à l'appel de l'ennemi et mourra en souriant, sans aucune vile allure.
      • Étant gravement blessé, si gravement qu'aucune opération chirurgicale ne puisse le guérir, il parlera correctement devant ses supérieurs et ses pairs et mourra avec sang-froid, se rendant bien compte de l'état de sa blessure.
      • Un samouraï qui ne serait que fort n'est pas admissible. Sans parler de la nécessité des études en science, il faut qu'il profite de ses loisirs pour s'exercer à la poésie et comprendre la cérémonie du thé.
    Budo ShoShin Shu, - Daïdoji Yuzan, 1639-1730

     

     

    Le serment du samouraï

     

    "Je n'ai pas de parents, je fais des cieux et de la terre mes parents.

    Je n'ai pas de demeure, je fais de Tan t'ien ma demeure.

    Je n'ai pas de pouvoir divin, je fais de mon honnêteté mon pouvoir divin.

    Je n'ai pas de fortune, je fais de ma docilité ma richesse.

    Je n'ai pas de pouvoir magique, je fais de ma personnalité mon pouvoir magique.

    Je n'ai ni de vie ni de mort, ma vie et ma mort ne font qu'un.

    Je n'ai pas de corps, je fais de mon stoïcisme mon corps.

    Je n'ai pas de Yeux, je fais du flash de l'éclair mes yeux.

    Je n'ai pas d'oreilles, je fais de ma sensibilité mes oreilles.

    Je n'ai pas de membres, je fais de ma promptitude mes membres.

    Je n'ai pas de lois, je fais de mon autodéfense ma loi.

    Je n'ai pas de stratégie, je fais du droit de tuer celui de protéger ma stratégie.

    Je n'ai pas de dessein, je fais de la saisie instinctive de l'opportunité mon dessein.

    Je n'ai fais pas de miracle, je fais du respect de la loi mon miracle.

    Je n'ai pas de principes, je fais de mon adaptation en toutes circonstances mon principe.

    Je n'ai pas de tactique, je fais de la vacuité et de la plénitude ma tactique.

    Je n'ai pas de talents, je fais de mon esprit prêt à réagir mon talent.

    Je n'ai pas d'amis, je fais de mon esprit mon ami.

    Je n'ai pas d'ennemis, je fais de l'imprudence mon esprit.

    Je n'ai pas d'armure, je fais de ma bienveillance mon armure.

    Je n'ai pas de château, je fais de mon esprit inébranlable mon château.

    Je n'ai pas d'épée, je fais de mon non-être mon épée."

     

     

    La voie Zen du Bushido

     

    De "The Zen Way to the Martial Arts"

    Par Taisen Deshimaru,Penguin/Arkana

    Le Bushido, la voie du samouraï est une fusion parcimonieuse entre le bouddhisme et le shintoïsme. Elle peut être résumée en 7 principes essentiels : 

     

    1.     Gi : la juste décision dans l'équanimité, la juste attitude, la vérité. Quand nous devons mourir, nous mourons. Rectitude.

    2.     Yu : la bravoure teintée d'héroïsme.

    3.     Jin : l'amour universel, la bienveillance envers le genre humain, la compassion.

    4.     Rei : l'action juste (une qualité essentielle), la courtoisie.

    5.     Makoto : la pleine sincérité, la spontanéité.

    6.     Melyo : l'honneur et la gloire.

    7.     Chugo : dévotion, loyauté et docilité.

     

    Le Bushido a influencé le Bouddhisme, et le bouddhisme a influencé le Bushido. Les éléments du bouddhisme que l'on trouve dans le bushido sont au nombre de cinq  :

     

     

    Le Zen et les Samouraï

     

    « La fleur des fleurs est le bourgeon de la fleur du cerisier - le samouraï est l'homme parmi les hommes. » - proverbe japonais-  

    Au japon et parmi les japonais, aucune figure n'est plus emblématique que celles des samouraï, ces guerriers héroïques qui vivaient par le code du bushido - la voie du samouraï - fondée sur la loyauté, la justice et l'honneur. Cette tradition guerrière au japon est aussi vieille que le pays lui-même, mais le vrai samouraï émergea durant la tardive période Heian (milieu du 12ème siècle) et par la suite régnèrent au Japon pendant 800 années. Durant cette période, les arts martiaux japonais classiques évoluèrent et avec eux, le code du bushido.

     

     

    La plus grande influence sur le code du samouraï fut l'introduction du bouddhisme zen durant la période Kamakura (1192-1333), laquelle devint le fondement principal de la philosophie du Bushido. Bushido demande avant toute chose une certaine fermeté devant la mort, parce que faire face volontairement à la mort, c'est apprendre à conquérir ses peurs. Selon les principes zen, la peur ne peut réellement être conquise que si la notion de "moi" et tout ce qui s'y rattache est abolie. Tardivement au 15ème et 16ème siècles, la période la plus colorée des chroniques samouraï, Zen et bushido s'implantèrent très profondément parmi les samouraï, et pénétrèrent au fin fond de la culture et des valeurs japonaises. Dans cette perspective et dans la poursuite d'un but, l'entraînement mental est plus important que le physique. Voici dix sentences de samouraï fameux qui insiste sur la suprématie de l'esprit sur le reste.

     

     

    Dix sentences Samouraï

     

    Je n'ai pas inclus ces sentences dans la page réservée aux aphorismes parce que ces phrases sont elles mêmes, en essence, celles qui correspondent le mieux à l'attitude du bushido.

     "On ne trouve la vie qu'à travers la conquête de la peur et de la mort dans sa propre intimité, son propre esprit. Vider l'esprit de toutes les formes d'attachement, charger et conquérir l'adversaire dans un éclair décisif." Togo Shigekata

     

    La position. Une position efficace ne doit être attachée ni à l'épée de l'adversaire ni à son épée - Yagyu Toshiyoshi.

     

    Calme Mental . 'L' esprit paisible est comme l'eau calme réfléchissant l'éclat de la lune. Vider l'esprit et vous réaliserez un esprit paisible.' Yagyu Jubei 

     

    Sur la fermeté du mental : 'Ne pas vaciller devant l'adversaire et son épée est l'essence de l'homme d'épée.' Miyamoto Musashi   (Le livre des Cinq anneaux - en anglais)

     

    Sur le Soi : 'Se conquérir soi-même, c'est conquérir l'adversaire' Takuan Soho  

     

    Sur l'esprit immuable : 'L'esprit insensible aux conditions extérieures produit une mobilité corporelle.' Yagyu Renyasai  

     

    Sur les Tromperies, Feintes et Plans : 'Les mains manipulent l'épée, l'esprit manipule les mains. Cultiver l'esprit et ne pas être préoccupé uniquement par les astuces, feintes et plans. Se sont là les qualités d'un sorcier, non d'un samurai.' Saito Yakuro  

     

    Sur la maturité. Le calme du mental et non l'habileté, n'est le  signe d'un samouraï mûr. Un samouraï ne devrait ni être pompeux ni arrogant.' Tsukahara Bokuden  

     

    La paix : 'Conquérir le mal et non l'adversaire, voilà l'essence de l'homme d'épée' Yagyu Munenori.  

     

    Sur le caractère du samouraï : 'Un cristal brut ne brille pas; un samouraï indiscipliné n'a pas d'éclat. Un samouraï devrait donc cultiver son esprit.' Anonyme

     

    Je ne résiste pas à l'envie d'ajouter trois sentences samouraï de plus :

     

    Ce sont les sentences favorites d'Omori Sogen, le principal maître zen du XXème siècle.  

     

    'Quand une vache boit de l'eau, cette eau devient du lait. Dans un serpent boit de l'eau, cette eau devient du poison.'  Omori utilisait souvent cette sentence traditionnelle quand il voulait illustrer que la pensée sur le sens des causes et des effets est une quête du vide. La conscience des conditions est bien plus utile. 

     

      'La vérité ne se pense pas, n'a pas d'esprit zazen est juste une chose : avoir un esprit intrépide.'

    Cette maxime de Suzuki Shosan était une autre favorite d'Omori.

     

    'La Voie est une voie naturelle de l'Univers, et l'apprendre, c'est révérer le paradis, c'est aimer l'homme, et vivre et rester en premier lieu en se contrôlant.'

    Cette sentence de Saigo Takamori fut elle aussi très estimée par Omori.

     

     

    Les traditions du Bushi

     

    Bushi est un terme général qui décrit la classe des guerriers du japon médiéval. Ce terme décrit les guerriers aristocratiques du 9ème au 19ème siècle. Les samouraï furent seulement un rang parmi les bushi et était le plus haut rang de tous. L'ignorance occidentale bâtisa tous les guerriers de samouraï alors que le terme de Bushi est techniquement le plus correcte. Le terme "Samurai" fait référence originalement aux servants qui attendaient d'être anoblis. Bien plus tard quand l'acception du terme s'étendit pour inclure un certain type de guerrier, la connotation de service ne fut pas complètement abolie. Les rangs ou niveaux d'un bushi dépendaient de son statut social, ce mérite martial et cette position dépendait des faveurs du Shogun. Cependant aucun classe à travers le japon n'a de monopole particulier sur Yamato-damashi. Aucune portion de la société en général n'était aussi débordant d'orgueil que la classe des guerriers. C'étaient les bushi. Ils naissaient bushi, mais ceux qui n'étaient pas versés dans les arts du combat ne recevaient pas le titre. Au IXème siècle, un véritable soldat professionnel émergea. Il fit de l'Arme et des combats à mains nues une condition de survie dans la société. Ce ne fut qu'une centaine d'années plus tard que la profession militaire devint un privilège héréditaire. Les pères dispensaient leur connaissance du combat et leurs habilités à leurs fils qui commençaient très jeunes leur carrière de guerrier. Leur entraînement incluait l'escrime, l'archerie, le yawara, l'équitation, l'utilisation de la lance, la tactique, la calligraphie, l'étique, la littérature et l'histoire. Bushido est un système de codes et de traditions suivit par la classe guerrière. Le code insiste particulièrement sur la justice, le courage, la bienveillance, la politesse, la sincérité, l'honneur, le loyauté et le self-contrôle. La justice ou la rectitude, est le précepte le plus incontestable de tout le code du Bushi. Rien n'est plus repoussant à un Bushi que de traiter en secret et d'agir par traîtrise. Ainsi disaient-ils : " La rectitude est le pouvoir de décider sur une certaine ligne de conduite en accord avec la raison, sans  vaciller ... de mourir quand il est juste de mourir, de frapper quand il est juste de frapper".

     

    D'autres parlaient en ces termes : " La Rectitude est la colonne vertébrale qui donnent fermeté et stature. Sans cela la tête ne pourrait pas rester sur la colonne vertébrale, ni nos mains bouger, ni nos pieds nous supporter, sans cela, la rectitude ne serait ni un talent ni une connaissance qui pourrait faire d'un homme un Samurai. Avec cela, un manque d'accomplissement c'est comme le vide".

     

     Le courage est une vertu si seulement il y a droiture. La mort pour une cause indigne c'est la mort d'un chien. Le jeune bushi était continuellement exercé et endoctriné sur le courage. Aussi, ils étaient souvent conduits sur les places d'exécution, dans les cimetières et les maisons réputées hantées. Ce système qui aider au "contrôle des nerfs" était le seul valide et valable pour donner aux samouraï leurs nerfs d'acier.

     

    La bienveillance est conçu comme un trait féminin. Elle fait partie intégrante de la nature et contrebalançait la rectitude et la justice sévère, deux traits qui eux, sont masculins. La bienveillance inclue l'amour, l'affection pour les autres, la sympathie et la noblesse des sentiments. C'étaient les plus hauts attributs de l'âme. La politesse une une pauvre vertu si elle est suivie dans la peur de manquer de bon goût. Les bonnes manières font parties du style de vie des japonais. L'étiquette est une part importante de la vie en société. S'incliner, marcher, attendre, se tenir à table  et servir le thé  furent développés jusqu'à devenir des cérémonies rituelles. L'étiquette harmonisée l'être dans sa totalité avec lui-même  et son environnement et exprimait une maîtrise de l'esprit au travers de la chaire. L'élégance représentait l'"économie de la force" et prodiguait  un réservoir de force. Les fines manières signifiaient la puissance au repos. La cérémonie du thé dirigeait les pensées d'une personne à travers le monde, c'était une méthode achevée, une discipline de l'âme. La politesse est suscitée par l'intérêt de la sensibilité des autres. En tant que tel, le guerrier pouvait rejoindre ceux qui pleuraient; et se réjouir avec ceux qui se réjouissent. Le mensonge selon le Bushido était considéré comme de la lâcheté, c'était déshonorable. L'honnêteté était très importante pour le bushi. Elle était une extension de la vision du courage que le bushi avait, aussi s'efforçait-il de rester honnête dans toutes les situations.

     

    Une vive conscience de la valeur de la dignité personnelle était l'honneur. L'honneur était quelque fois transmis par des termes comme "na" (nom) "men-moku" et "guai-bun". Toute infraction à l'honneur d'un samouraï était ressentie et appelée "ren-shi-shin" (un sens de la honte). La désobéissance au code ou à un supérieur  produisait un sentiment de culpabilité et de honte. Selon un légende samouraï "Le déshonneur est comme une cicatrice sur un tronc d'arbre, qui, avec le temps, au lieu de s'effacer, s'élargie".

     

     

    "La voie du Samurai réside dans la mort. Quand on en vient au

    'ou bien'/'soit' il n'y a que le choix immédiat de la mort. Ce

    n'est pas particulièrement difficile. Sois déterminé par avance.

    Dire que mourir sans avoir atteint son but est une mort de chien

    est une manière frivole de personne sophistiquée. Quand on est

    confronté au choix de la vie ou de la mort, il n'est pas nécessaire

    d'atteindre son but. [...] Mourir sans avoir atteint son but est

    une mort de chien et de fanatique. Mais il n'y a aucune honte là

    dedans. C'est la substance même de la Voie du Samurai. Quelqu'un

    qui arrive a endurcir son cœur chaque matin et chaque soir,

    quelqu'un qui est capable de vivre comme si son corps était déjà

    mort suivra la Voie sans douleur. Sa vie tout entière sera sans

    reproche, et il réussira dans ce qu'on attend de lui."

     

    Hagakure - A l'Ombre des feuilles, la Voie du Samurai - Yamamoto Tsunetomo

     

     Source : http://gctm.free.fr/bushido/jpbushido.htm#traditions

     


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    PRINCIPES DU BUSHIDO

     

    La rectitude :

    Esprit de raison droite et de justice.

    Un BUSHI célèbre la définit ainsi : " La rectitude est le pouvoir de prendre, sans faiblir, une décision dictée par la raison. Mourir quand il est bien de mourir, frapper quand il est bien de frapper ".

    Un autre BUSHI dit : " La rectitude est l'ossature qui donne la fermeté et qui vous tient droit. Comme, sans os, la tête ne peut rester au sommet de l'épine dorsale, ni les mains se mouvoir, ni les pieds porter le corps, ainsi sans la rectitude, ni le talent ni le savoir ne peuvent faire d'une carcasse humaine un samouraï. Si l'on a la rectitude, les talents sont secondaires ".

    L'épithète " gishi " (homme droit) est regardée comme supérieure à tout titre exprimant la perfection dans les sciences ou les arts. Les célèbres 47 ronins, fidèles samouraïs, sont connus dans le langage courant, comme 47 " gishis ".

    La rectitude est dans la conduite l'expression de la valeur. Mais cette rectitude pourrait dégénérer si elle n'était soutenue, par l'audace et l'endurance du courage.

     

    Le courage :

    Esprit d'audace et d'endurance.

    Confucius définit ainsi le courage : " Sachant ce qui est juste, ne pas le faire démontre l'absence de courage. Donc, le courage est de faire ce qui est juste ".

    Courir toutes sortes d'aventures désordonnées, s'exposer sans raisons justes, n'est pas de la bravoure. Un prince samouraï disait : " C'est le propre du vrai courage de vivre quand il faut vivre, et de mourir seulement quand il faut mourir ". Platon définit le courage : " La connaissance des choses qu'un homme doit craindre et de celles qu'il ne doit pas craindre ". Cette définition platonicienne est sans doute inspirée par les stoïciens dont c'est aussi la conception.

    Valeur, intrépidité, courage, sont des expressions de la noblesse d'âme.

    Un homme vraiment brave garde toujours sa sérénité et sa lucidité. Rien ne trouble son égalité d'âme. Dans les catastrophes, les dangers, les souffrances, la mort, il garde la maîtrise de soi.

    L'impassibilité, c'est le courage au repos. C'est une manifestation immobile de la valeur dont les actes audacieux sont l'expression dynamique. Maîtrise et impassibilité ne sont ni contrainte ni raideur, mais détente et paix, issues de l'absence de peur.

    L'absence de peur résulte du don total de soi, sans réserves, à une vérité plus grande que soi. Cette Paix intérieure donne l'aisance dans le danger, même s'il est extrême.

    C'est ainsi que les samouraïs, férus d'élégance morale, improvisaient souvent des poèmes sur le champ de bataille, en l'honneur de leurs ennemis dont ils appréciaient la bravoure ou l'habileté. Un samouraï disait " L'homme de valeur et d'honneur estime, comme ennemis en temps de guerre, ceux qui sont dignes d'être des amis en temps de paix. Le succès d'un ennemi estimé est aussi celui du samouraï ".

    A ce degré de valeur, l'attitude normale vis-à-vis des autres est une haute humanité qui engendre la bonté.

     

    La bonté, l'humanité :

    BUSHI NO NASAKE : la tendresse d'un guerrier, ces mots éveillent tout de suite un sentiment noble.

    Cette tendresse est la bonté qui est un sentiment de pitié virile, conscient, équilibré par une raison ferme. Les plus braves sont les plus tendres, et ceux qui aiment sont ceux qui osent.

    La pitié, lorsqu'elle n'est qu'un réflexe, peut être à la base de sentiments apparemment humains. Cependant, elle n'est souvent que la traduction d'impulsions, d'angoisse, de faiblesse, de peur ou d'une obsession de culpabilité.

    Mais, lorsqu'elle naît chez un homme qui possède la rectitude, le courage, le sens de l'honneur, et dont la valeur est réelle, alors elle est pure. Son humanité est vraie. Seul celui qui est fort, désintéressé, maître de soi, peut avoir une pitié et une bonté authentiques. " Le pardon est la parure du guerrier " (Mahatma Gandhi).

    La force, pour un homme désintéressé, n'a de sens que pour protéger la faiblesse.

    La faiblesse physique ou morale ou celle de l'adversaire vaincu, ont droit à la protection du fort.

    C'est la vérité de la force et son honneur.

    Une antique maxime du BUSHIDO dit : " Il n'est pas convenable pour le chasseur de tuer l'oiseau qui se réfugie dans son sein ".

    Parallèlement à la culture des arts martiaux et des vertus viriles, le BUSHIDO cultive le sens de la beauté dans la musique, les arts, la poésie et une exquise sensibilité esthétique.

    La sensibilité et la forte tendresse du chevalier lui donnent la possibilité de compatir aux souffrances d'autrui. Le respect des autres, le souci de les honorer et de ne pas leur causer de troubles et de peines inutiles, le conduisent à développer en lui la courtoisie et la politesse.

     

    La politesse :

    Si la politesse n'est que conventionnelle, elle n'a qu'une valeur limitée extérieure et superficielle.

    Mais pour le samouraï, le chevalier, elle est d'abord l'expression de sentiments profonds, d'égards pour les autres, de modestie pour soi.

    Elle traduit la Tendresse humaine du samouraï, son désintéressement, son respect pour le valeur ou pour la faiblesse d'autrui.

    Dans sa forme la plus élevée et la plus consciente, la politesse confine à l'amour.

    La codification des gestes et du cérémonial de la politesse constitue l'étiquette qui encadre la vie.

    Cette étiquette, enseignée dès l'enfance, permet de discipliner les passions, et rend possibles et agréables les rapports sociaux. Dans les dojos où cette étiquette est indispensable, elle a la même utilité. Mais, en plus, elle peut faire éclore en chacun les sentiments qui correspondent aux gestes et au cérémonial. De même qu'une attitude grossière, le laisser-aller, les positions négligées ou désinvoltes favorisent les sentiments bas et vulgaires, de même, une attitude noble, correcte, respectueuse, favorise l'épanouissement de sentiments nobles et élevés.

    Quel que soit l'acte à accomplir il y a, selon le judo, une façon économique de le faire.

    Un acte accompli selon le principe d'économie de l'énergie est toujours gracieux, une forme conçue pour une telle action est toujours belle.

    C'est pourquoi les cérémonials du BUSHIDO, comme celui de la cérémonie du thé, par exemple, sont empreints de noblesse et de beauté.

    Un novice peut trouver fastidieux les gestes et les formes des cérémonials et des étiquettes. Mais, rapidement, il découvrira que les manières prescrites sont celles qui épargnent le plus la dépense d'énergie.

    Une des écoles Japonaises les plus célèbres pour l'étiquette, l'Ogasawara, a popularisé la maxime suivante : " Le but de toute étiquette est de cultiver votre esprit de telle manière que, même lorsque vous êtes tranquillement assis, l'idée ne puisse même pas venir au plus grossier des hommes d'oser vous attaquer ".

    Si la grâce d'un acte résulte de l'économie d'énergie dans son accomplissement, il s'ensuit que la pratique constante de gestes gracieux implique une épargne et une accumulation d'énergie. De belles et courtoises manières sont donc, aussi, de la force au repos.

    La cérémonie du thé " CHANO-YU " est un art très pur, une forme extérieure de le discipline de l'âme. L'aisance paisible des gestes, la sérénité, le calme de l'esprit, la propreté scrupuleuse de la petite salle retirée du tumulte mondain, sont les premières conditions pour penser et sentir juste.

    La bienséance, la courtoisie, résultent de mobiles de bonté et de modestie et de sympathie pour la sensibilité des autres.

    Cette sympathie veut que nous pleurions avec ceux qui pleurent et nous réjouissions avec ceux qui sont heureux.

    D'innombrables petits actes dans la vie quotidienne matérialisent cet état d'esprit, soucieux d'égards pour la sensibilité et le bien-être d'autrui.

    Ces manifestations de politesse peuvent mettre en conflit - en nous - les notions de vérité et de bienséance.

    La politesse traditionnelle japonaise donne la primauté à la bienséance. Dans bien des cas, l'Occident en fait autant. C'est une question de discernement. Mais, le fait que le dilemme puisse se présenter, démontre l'importance de la politesse qui est une forme de la bonté.

    Pour le samouraï cependant, comme pour le chevalier, la racité et la sincérité sont les fondements de la vie.

     

    Véracité, sincérité, loyauté :

    Masamme a dit : " La bienséance poussée à l'extrême devient un mensonge " et un ancien poète a déclaré : " Sois fidèle à toi-même ; si dans ton coeur tu ne t'écartes pas de la vérité, tu n'auras pas besoin de prier les Dieux pour être efficacement protégé ".

    Confucius va plus loin : " La sincérité est la fin et le commencement de toutes choses, sans la sincérité, rien n'existerait ".

    L'idéogramme chinois qui signifie sincérité est une combinaison de " Parole " et de " Perfection ".

    Le BUSHIDO tient le mensonge ou l'équivoque pour une égale lâcheté. BUSHI NO ISHIGON parole de samouraï, comme en allemand, RITTERWORT : parole de chevalier, sont une garantie suffisante. Une promesse ainsi faite est tenue, sans preuve nécessaire de cet engagement.

    Il n'y a pas de différence entre Vérité et Réalité. Cependant il peut exister des préséances entre le Vrai et le Réel. C'est alors que doit intervenir le discernement.

    Si un malade demande à un médecin : " quelle est la gravité de mon état ? ". Le médecin en répondant : " ce n'est pas grave, vous serez bientôt guéri ", bien qu'il sache le contraire, obéit à une vérité d'un ordre supérieur : 1°) préserver le moral, dont les chances minimes de guérison de son malade ; 2°) ne pas troubler et accabler inutilement son prochain et son entourage.

    Il en est de même de la politesse. Parfois dire la vérité est une cruauté inutile. Cacher une disgrâce, une laideur, une antipathie est un acte de compassion qui obéit à une réalité d'un ordre supérieur à la Vérité immédiate.

    Dissimuler ses propres tourments ou souffrances physiques et morales traduit aussi le souci de ne pas troubler ou peiner les autres. Mais, là encore, c'est le discernement qui détermine les limites et l'opportunité de cette attitude. Il suffit d'être en accord de vérité en soi-même, mais avec une sincérité totale. En matière d'éducation des enfants et des hommes, la louange est un puissant stimulant. " Appelez quelqu'un voleur et il volera " ; par contre dites-lui : " tu es honnête et loyal ", et il aura du mal à déroger, même s'il y est enclin. Ici, la louange anticipe sur la réalité à venir. L'éducateur, le maître ou l'ami s'appuie sur la vérité profonde des possibilités de chaque homme, plus vraie que son état actuel. " La conscience normale s'élève jusqu'au plan où on l'appelle, mais elle tombe facilement au niveau inférieur si on le lui assigne " (Hugh Black).

    Manier la vérité immédiate n'est donc pas si facile, demande un long, constant entraînement et un amour inconditionnel de la vérité la plus haute.

    La loyauté est l'expression de l'amour de la vérité, de la sincérité et du respect d'autrui. L'honnêteté est l'expression de la rectitude, de la justice et de la sincérité, dans les rapports d'intérêt avec les autres hommes et la société.

    La passion du BUSHIDO pour la franchise, la loyauté, a sa source dans le courage, mais aussi dans le besoin de limpidité, de pureté, d'harmonie et de cohérence. Tout ce qui entache cet état est déshonorant.

    Une fausse attestation, un mensonge sont ressentis comme une indigne lâcheté, comme une faille intérieure dans l'armure, ou une paille dans l'acier de l'épée du chevalier.

    Un critère fondamental de la vérité et de la sincérité d'un homme est son désintéressement, ou détachement de l'intérêt personnel. L'action et la vie chevaleresque sont d'abord désintéressés.

     

    LE DESINTERESSEMENT OU DETACHEMENT :

    Si une action ou une attitude ont pour objet notre profit personnel, elles sont entachées d'égoïsme et de sentiment possessif. Elles ne peuvent donc être conformes à la vérité et à la réalité qui comprennent mais dépassent notre personne. L'intérêt personnel, l'amour excessif de notre corps ou de nos possessions faussent notre vision du réel.

    La pratique de la véracité, de la sincérité, de la rectitude, du courage, de la politesse, de la bonté, de l'amitié, de la gratitude, de la loyauté vident notre nature de l'attachement au corps et aux possessions. Alors, la dévotion à la vérité nous habite et prend toute la place. Les calculs, seulement personnels, ne peuvent plus prendre naissance. Le samouraï, le chevalier, sont les serviteurs de ce qui soutient et développe l'humain dans l'humanité. C'est pourquoi leur action est gratuite pour la Vérité et pour la Beauté.

    L'emblème du samouraï est le Sakura, fleur du cerisier Japonais, qui s'ouvre pour la seule beauté, et ne produit pas de fruits. Quand elle a délivré son message de beauté, elle tombe et meurt. Elle est le symbole du désintéressement total.

    Les Maîtres en Orient, que ce soient des Maîtres d'Arts Martiaux, d'autres Arts traditionnels, ou des Maîtres de Sagesse, enseignent gratuitement, parfois ils logent et nourrissent leurs disciples. Ces derniers, à leur tour, servent leur Maître dans toute leur vie domestique, attendent patiemment son enseignement et lui obéissent totalement, en toutes choses. Le Maître choisit ses disciples, accepte ou non les candidats. Ce que le Maître ne peut se payer, " n'a pas de prix ", la valeur en est inestimable. " Mes parents m'ont donné un corps et une éducation, mon Maître a fait de moi un homme ". Seule une gratitude infinie peut équilibrer un don illimité. Souvent, plus tard, le disciples met aux pieds de son Maître le meilleur de ce qu'il possède et parfois de véritables fortunes. Le Maître utilise ces dons pour loger, nourrir, enseigner de nouveaux disciples, non pour s'enrichir.

    De nos jours, et en Occident, de semblables cycles et liens semblent difficiles. Toutefois, il convient que le Maître considère toujours qu'il enseigne gratuitement, et que le profit n'est pas le but de son enseignement.

    Il convient aussi que le disciple ne considère pas qu'il " paye " le Maître, ni qu'il " achète " son enseignement, mais que, s'il verse des émoluments ou cotisations, ce sont de simples offrandes sans équivalence avec ce qu'il a reçu. Ainsi le Maître et le disciple restent libres et dignes, et ne sont liés que par la générosité, l'estime et la gratitude.

    Le simple savoir pourrait, à la rigueur, s'acheter. Mais la formation et la connaissance, elles, sont sans prix. Le désintéressement et le détachement sont essentiels pour que naissent le courage, la loyauté, le dévouement pour un Maître, ou un idéal qui peut aller jusqu'au don de la vie. Notre vie ne vaut d'ailleurs d'être vécue que si on peut l'offrir à ce qui est plus grand qu'elle.

    Le sens de l'honneur est fils de cette générosité totale, il est un des principes essentiels du BUSHIDO.

     

    L'honneur :

    Ayant, par avance, donné sa vie, le samouraï, comme le chevalier, n'existe plus que par sa valeur, la noblesse de son esprit, la dignité de son état. Le terme honneur exprime cette existence spirituelle. Cette vie supérieure est " la partie immortelle de soi, le reste étant matériel ".

    Toute atteinte à l'intégrité de cet état, donne un sentiment de honte, REN-CHI-SHIN surtout si elle est due à un écart de conduite du chevalier lui-même. Dans ce cas, l'honneur de l'homme est en jeu et sa vie intérieure est en danger.

    Le sens du déshonneur est ainsi le stimulant suprême pour corriger la conduite.

    Au Japon, les enfants sont élevés avec un sentiment aigu de l'honneur, leurs parents manifestent eux-mêmes un attachement plus grand à l'honneur qu'à la vie. Et ils ont raison. Quelle peut être l'existence d'un homme qui a perdu l'estime de soi ?

    Cette estime indispensable, basée sur la valeur que la noblesse d'âme confère, est le sentiment de l'honneur.

    Un samouraï, dans sa jeunesse, refusa de laisser entamer sa réputation par une compromission légère : " parce que, disait-il, le déshonneur est pareil à une cicatrice sur un arbre que le temps, au lieu d'effacer, agrandit tous les jours ".

    Meng-Tseu avait enseigné la crainte de la honte est la terre où poussent toutes les vertus, les bonnes manières et les bonnes moeurs.

    Mais ce sens de l'honneur, s'il est mal compris, a donné lieu, chez les chevaliers et samouraïs, à des exagérations morbides. Ceux qui n'avaient sacrifié, par avance, que leur corps, mais cultivaient inconsciemment un égoïste amour d'eux-mêmes et un orgueil arrogant, croyaient, pour un oui ou un non, devoir laver dans le sang de pseudo-atteintes à leur honneur.

    Heureusement, chez les samouraïs, s'offenser d'une provocation légère était ridiculisé comme un manque de contrôle de soi. Supporter ce qu'on croit ne pas pouvoir supporter voilà qui est réellement supporter est un dicton populaire. Le grand Yeyasu Togukawa, que nous pourrions surnommer le Richelieu nippon, qui fit d'une main d'acier l'Empire solide comme un diamant, disait entre autres : " La vie de l'homme est une route longue avec un lourd fardeau sur les épaules. Pas de hâte... Pas de reproches à autrui ; mais sois attentif à tes propres erreurs... La patience est ce qui berce la longueur des jours ".

    Si le rossignol qu'il aimait ne se décidait pas à chanter, il disait paisiblement : " Eh bien, j'attendrai qu'il change d'humeur ".

    Par sa vie, il a prouvé que ce n'était pas seulement des mots.

    Certains disciples du BUSHIDO pouvaient atteindre un haut degré de douceur pacifique. Tel Ogawa : " Quand les autres disent toutes sortes de mal de toi, ne rends pas le mal pour le mal, mais réfléchis que tu n'a pas été non plus toujours fidèle dans l'accomplissement de tes devoirs ".

    Et encore Kumazawa : " quand d'autres te blâment, ne les blâme pas. Quand d'autres sont en colère contre toi, ne le sois pas contre eux. La joie ne vient que lorsque la passion et le désir sont partis ".

    Meng-Tseu disait : " Il est dans la nature de tout homme d'aimer l'honneur, mais ce qui est vraiment honorable réside en chacun et non ailleurs. L'honneur que les hommes confèrent n'est pas le véritable honneur ".

    L'approbation des hommes et la gloire du monde n'est pas l'honneur.

    Mais l'honneur est attaché à la manière d'être, à la fidélité, à la parole, à un ami, un Maître, un Idéal, ou à la vérité. C'est pourquoi le devoir de fidélité est un des piliers du BUSHIDO.

     

    Le devoir de fidélité :

    Le sentiment de fidélité a, dans le BUSHIDO, une importance capitale. Au Moyen Age, la fidélité et la loyauté étaient les sentiments qui liaient le vassal au suzerain. Le serment d'allégeance liait le vassal au suzerain jusqu'au sacrifice de la vie.

    De nos jours, ce lien a évolué, tout au moins dans certaines civilisations occidentales, mais il n'a pas pour autant disparu. Bien que, dans certains pays d'Occident, on prête encore maintenant serment au souverain, Roi ou Empereur, qui incarne la patrie. Aujourd'hui, il convient de faire preuve de fidélité et de loyauté, par exemple à l'égard de sa patrie, y compris, pour la défendre, l'éventuel sacrifice de la vie. Celui qui se dérobe à ce devoir est considéré comme un lâche ou un traître.

    Ce sentiment de fidélité et de loyauté existe aussi, avec la même intensité, chez les fidèles de certaines religions, philosophies, systèmes sociaux ou politiques.

    Parfois, même, la fidélité, la loyauté ne s'exercent pas seulement à l'égard d'idéaux, mais aussi à l'égard d'hommes qui semblent incarner ces idéaux.

    En Chine, Confucius faisait de la fidélité et la loyauté à l'égard des parents le premier des devoirs humains. Dans l'Inde, ces devoirs occupent une grande place. Au Japon également. Mais, dans l'Inde, la première place revient au Maître spirituel ; au Japon, elle revient à l'Empereur qui incarne pour les japonais le YAMATO, l'âme même du pays.

    Ce qui est important, c'est que, quel que soit le motif, l'objet de la fidélité et du loyalisme, ce sentiment existe.

    Tel sera capable de vivre, mais aussi de mourir pour son Roi, son Empereur, ses parents, tel autre pour sa religion, sa patrie, sa philosophie, son parti politique, etc.

    Mais, toutes ces fidélités et loyautés, ont un dénominateur commun. C'est la consécration de sa vie à quelque chose de plus grand que soi, et que les possessions humaines ou matérielles.

    Celui qui ne vit que pour soi ou ses possessions humaines ou matérielles, est un vivant de qualité médiocre, qui ne sauvera finalement aucune de ses possessions, ni même sa vie, puisque tôt ou tard il mourra.

    L'adepte du BUSHIDO offre sa vie entière à l'idéal qui lui semble le plus vrai. Ainsi, c'est sous la forme de cet idéal, l'amour de la vérité qui l'anime. Le sens du devoir en résulte.

    Le BUSHIDO tranche dans ce sens, et ses adeptes connaissent de cruels dilemmes, où il faut choisir entre plusieurs devoirs, celui qui est le plus élevé.

    Sanyo raconte de façon émouvante la lutte intérieure qui déchire Shigemori lors de la rébellion de son père contre son suzerain : " Si je suis loyal, mon père est perdu ; si j'obéis à mon père, je manque à mon devoir envers mon Souverain ". Il priait de toute son âme pour que le Ciel ait la clémence de lui envoyer la mort.

    Dans nul autre pays la piété filiale n'est plus grande qu'au Japon. Pourtant le BUSHIDO choisit sans hésiter la fidélité et le loyalisme au souverain, au chef.

    Les femmes, elles-mêmes, élèvent leurs enfants dans cet esprit et les encouragent à se sacrifier s'il le faut.

    Et, l'Etat étant considéré comme ancêtre des individus et représentant la continuité après eux, l'individu est inféodé aux lois de l'Etat. Déjà Socrate, universellement estimé et aimé, pouvait facilement s'enfuir et sauver sa vie, supplié par ses disciples de quitter le pays. Il refusa et bût la ciguë, plutôt que de ne pas accepter la condamnation, même injuste, des tribunaux de la cité. Il voulut, en mourant dignement et paisiblement, donner à ses disciples l'exemple du courage, de la fidélité et de la loyauté à l'égard de l'Etat.

    Cependant, le BUSHIDO, s'il enseigne la fidélité et la loyauté à un Maître ou à un suzerain digne de cette consécration, ne demande pas de sacrifier sa conscience à qui n'en est pas digne. En pareil cas, le devoir du samouraï est d'employer tous les moyens possibles pour persuader le Maître ou le Suzerain de ses erreurs.

    Autrefois, il était d'usage courant après un dernier appel à son intelligence et à sa conscience, qu'en cas d'échec, il atteste sa réprobation et sa sincérité en versant son propre sang. Parfois, il en est encore ainsi de nos jours.

    Celui qui, sous couleur de dévouement, mais en réalité pour des motifs égoïstes d'intérêt personnel, est servile et plat avec un Maître ou un Suzerain indigne, est méprisé par ses pairs. On le dit NEI-SHIN ou CHO-SHIN.

    L'honneur, l'éducation et le courage des samouraïs s'opposent à toute servitude obséquieuse.

    De nos jours, les principes directeurs du BUSHIDO restent toujours vrais, mais doivent être adaptés à des situations nouvelles.

    Dans le judo et les Arts Martiaux, les relations de Maître à disciple sont le grand idéal humaniste traditionnel. Son application dans la vie tout entière offre un large champ de réalisation des principes du BUSHIDO. Il convient donc que les ceintures noires s'en inspirent, le respectent et le vivent.

    Mais les relations Maître-disciple sont impossibles sans modestie.

     

    La modestie :

    Comme toutes les autres bases du BUSHIDO, la modestie a ses véritables racines dans la sincérité et la vérité.

    Une modestie, qui n'est qu'une forme purement extérieure de la politesse, ou une habileté pour se concilier l'opinion, n'est pas la véritable modestie.

    Une fausse modestie peut être une des formes les plus dangereuse de la vanité, ou de la peur : " Je me mettrai si bas, que nul ne pourra m'y mettre davantage ", n'est rien d'autre que la formule d'un calcul bassement utilitaire.

    Un grand sage de l'Inde, Shri Ramakrishna, a dit : " Nul orgueil qui exalte la gloire de l'âme n'est de l'orgueil. Nulle humilité qui abaisse la gloire de l'âme n'est de l'humilité ".

    L'homme vraiment modeste ne désire pas s'abaisser, mais simplement s'apprécier, selon la vérité et la justesse, avec sincérité et honnêteté. La vanité aime plastronner, même si elle proclame une valeur irréelle ou médiocre. Le désir d'être admiré, aimé, respecté, pour légitime qu'il soit, n'est admissible que si la valeur est authentique.

    Ce désir est à l'origine de bien des exploits et aussi de bien des erreurs. Lorsque la valeur est un état réel, vraiment intégré en celui qui la possède, elle est, pour lui, un état normal. Lorsque les organes du corps sont en bon état et fonctionnent normalement, ils ne sont pas ressentis. Celui dont la vue est bonne ne songe pas à proclamer j'ai des yeux. Celui dont le coeur bat sainement ne s'étonne pas et ne s'écrie pas j'ai un coeur. Un homme naturellement fort, ne pense pas à sa force, ni un homme intelligent à son intelligence. Nul ne songe à claironner : je suis un homme, car il l'est.

    Celui qui dit : " Je suis modeste , cesse de l'être à cet instant précis ".

    Le culte de la modestie consiste donc, d'abord, à être conscient de l'immodestie et de la propension à affirmer, à soi-même et aux autres, des valeurs inexistantes ou embryonnaires.

    Il consiste, ensuite, à concentrer l'attention sur ce qui manque, objectivement, sans humilité pathologique, mais avec la volonté résolue de se transformer.

    Enfin, il est important de savoir apprécier, respecter et aimer la valeur chez les autres, amis ou ennemis, et les prendre pour référence. On risque peu à peu les surestimer, tout en les sous-estimant.

    Il convient d'être particulièrement attentif à la stature du Maître qui accepte de nous enseigner. L'admiration, la gratitude, la confiance, engendrent la véritable humilité et le respect, autre pilier du BUSHIDO, sans lequel aucune relation humaine n'est possible.

     

    Le respect :

    Sans modestie aucun respect n'est possible, sans respect aucune confiance ne peut naître. Sans confiance aucun enseignement ne peut être donné, ni reçu.

    " L'eau ne peut couler du réservoir que si le récipient est mis dessous. S'il est placé dessus, il ne s'emplit pas ".

    Celui qui enseigne verbalement des éléments qui s'adressent à l'intelligence et à la mémoire est appelé professeur. Celui qui est ainsi enseigné est un élève. Ce qui est enseigné là, est de la nature du " savoir ". Cela peut être retenu ou oublié. Les relations entre professeurs et élèves demeurent généralement extérieures et superficielles.

    Il en est tout autrement de l'enseignement qui entraîne et exige une profonde transformation physique, psychique, morale ou spirituelle. Cet enseignement est de l'ordre de la " connaissance ". Celui qui enseigne et préside à cette transformation a le titre de " Maître ", celui qui reçoit cet enseignement, accepte les disciplines, et accomplit sa transformation, reçoit le nom de disciple. La relation Maitre-disciple est, humainement, la plus haute qui soit.

    En Orient, où pourtant l'amour de la famille et la piété filiale sont plus profonds que partout ailleurs, le Maître est placé au-dessus des parents.

    En Inde on dit : " La mère vaut dix pères, mais le Maître vaut dix mères ".

    Au Japon : " Mes parents m'ont donné un corps et une éducation, mon Maître fait de moi un homme ".

    Cette relation humaine élevée est encore vivante en Orient. Depuis le Moyen Age, elle a pratiquement disparu en Occident. C'est pourquoi la civilisation occidentale est une civilisation de tête, mécanique, et qui se préoccupe avant tout du bien-être matériel, de la santé, et de la durée du corps.

    Ce n'est certes pas négligeable mais ne peut être le but de la vie. Tout ce qui reste d'humain dans cette civilisation est une survivance, envers et contre tout, de préceptes religieux et de l'esprit de chevalerie. La jeunesse actuelle a soif de ce rapport de Maître et disciple. Elle cherche des Maîtres de vie, et ne trouve que des idoles et des idéaux frelatés.

    Or, venus d'Orient, les Arts Martiaux traditionnels sont avant tout des ECOLES DE VIE. Leur but est de forger des hommes. L'ossature de cette formation est le BUSHIDO.

    Pour accomplir la formation et les transformations nécessaires, se soumettre aux disciplines physiques et morales, il faut un Maître et avoir vis-à-vis de lui l'attitude du disciple.

    Si dures que soient ces disciplines, elles sont acceptées librement. Elles sont l'affirmation d'une liberté supérieure. La plus haute liberté ne fleurit qu'au sommet d'une pyramide de disciplines.

    Le Maître en Arts Martiaux est, d'abord, le disciple de son ou de ses Maîtres. Il reste leur disciple et se conduit comme tel. Il a subi une formation technique, physique et psychique qu'il peut transmettre à son tour. S'il a été bien formé, il est suffisamment modeste pour connaître les limites de sa connaissance. Mais, ce qu'il connaît, il peut le transmettre. Si donc il enseigne, il doit sans fausse modestie, prendre la responsabilité de la transformation de son disciple. Il doit l'assumer courageusement et se conduire de telle façon qu'il puisse lui servir d'exemple, non seulement de technique, mais aussi de caractère, de maîtrise et des autres aspects du BUSHIDO. Cette prise de responsabilité implique du courage, mais aussi la Tendresse du guerrier pour le disciple. C'est le respect du Maître pour le futur Maître qui dort en son disciple. Le disciple à son tour accepte d'être formé, même douloureusement, par son Maître et le respecte profondément. Ainsi Maîtres et disciples se forment mutuellement et se respectent réciproquement.

    Cette attitude de respect doit s'étendre au dojo, où l'enseignement est donné, et la voie supérieure recherchée. Elle doit englober aussi les partenaires dans la même recherche. S'il y a respect, il ne peut y avoir vulgarité. L'âge, qui implique l'expérience de la vie, les anciens dans l'étude, les grades élevés, les débutants, les faibles, doivent être l'objet du respect passif et actif du ceinture noire. A son tour, en cela, il doit être un modèle. Le respect de soi-même, une dignité naturelle, sans affectation, pleine d'amitié doit caractériser le ceinture noire. Cette dignité se développe par la pratique du respect du Maître, mais aussi du respect de tous. Elle implique une conscience éveillée. Il faut surtout éviter la critique et le dénigrement des autres, car cette néfaste habitude a pour but inconscient de se louanger soi-même. " Un tel est ainsi ", cela sous-entend : " je ne suis pas comme lui ". " Un tel a fait, a dit telle chose ", cela sous-entend : " Moi je n'aurais pas dit, ou pas fait cela ". Rabaisser autrui est un moyen facile de se grandir, relativement à peu de frais. De telles pratiques sont indignes d'un ceinture noire. C'est de la prétention inconsciente. C'est seulement en apportant ce qui manque qu'on peut améliorer un homme ou une situation. Seul, le Maître, peut et doit critiquer, encore le fait-il avec mesure, courtoisie et bonté, ce qui n'exclut pas les fermetés nécessaires.

    Pour respecter les autres, il faut pouvoir résister à ses propres passions : d'irritation, de colère, de désir, de peur, etc. Résister à ces entraînements passionnels, c'est le véritable respect de soi. Faire régner le Moi supérieur sur sa condition humaine, c'est faire preuve d'humanité vraie. La force d'âme, combinée au respect d'autrui et à la politesse, qui ne veut pas affliger ou gêner les autres, aboutit à une attitude stoïque. Dans le BUSHIDO cela est connu comme le contrôle de soi.

     

    Le contrôle de soi :

    Pour un samouraï, laisser paraître ses émotions sur le visage ou dans ses gestes est un manque de virilité.

    " Il ne montre aucun signe de joie ou de colère est la phrase usitée, pour décrire un haut caractère ".

    Un tel homme doit contrôler et dominer ses affections les plus naturelles. Embrasser son épouse en présence d'autres personnes est contraire à sa dignité, qui lui fait aussi garder ses distances avec ses propres enfants.

    A un observateur superficiel, ces coutumes peuvent sembler de la dureté de coeur. Pourtant, le samouraï, et le japonais en général, est aussi accessible aux émotions et à la sensibilité que quiconque au monde. On peut même penser que passions et émotions qui ne trouvent pas un exutoire dans des manifestations extérieures sont encore plus fortes et intenses.

    Le calme, le comportement, l'égalité de l'esprit et du coeur, ne doivent être troublés et dominés par aucune passion. Les plus grands drames, sont vécus dans le silence. Nul ne voudrait attrister son hôte, son prochain, avec ses propres peines. Des nouvelles de parents chers, gravement malades, sont données avec détachement et même avec un rire, comme si c'était sans importance.

    Inazo Nitobé raconte qu'il connaît l'histoire d'un père qui passa des nuits entières derrière la porte à écouter la respiration de son enfant malade : il ne voulait pas être surpris dans cet état de faiblesse paternelle. Il cite aussi le cas d'une mère qui, à ses derniers moments, s'abstint d'envoyer chercher son fils pour qu'il ne fut pas dérangé dans ses études. Les histoires héroïques de ce genre abondent au Japon, et trouvent toujours une résonance profonde dans le coeur des Japonais.

    Quand homme ou femme sentent leur esprit ou leur coeur agités et troublés, le premier et instinctif mouvement de pudeur est de ne pas le manifester.

    La sensibilité japonaise est choquée d'entendre des paroles sacrées, ou la vie secrète intérieure, étalées devant n'importe qui. Un jeune samouraï écrivait dans son journal : " Sens-tu le tréfonds de ton âme remué par de tendres pensées ? C'est le moment où la semence germe. Ne la dérange pas en parlant, mais laisse l'oeuvre s'accomplir tranquillement dans le calme et le secret ".

    Celui qui exprime avec abondance de paroles ses sentiments les plus intimes, c'est le signe certain que ces sentiments ne sont ni profonds ni sincères. Un dicton populaire le compare à " une grenade ", ... " dés qu'il ouvre la bouche, il étale ce qu'il a dans le cœur ".

    Chez le samouraï, le rire établit l'équilibre intérieur rompu, il est le contrepoids à la douleur ou à la colère.

    La répression des sentiments et des passions ainsi fermement exigée et maintenue, accumule une grande quantité d'énergie.

    Cette puissante énergie trouve son expression dans l'action, mais une issue de sûreté est donnée par la sensibilité esthétique et l'expression poétique.

    Quand cette sensibilité, ce sens de la beauté et l'expression artistique sont soigneusement entretenus, ils confinent à la bonté et compensent heureusement ce que la dureté de la maîtrise de soi semble avoir d'impitoyable. De cette conjonction peut naître l'émouvante et forte tendresse du guerrier, BUSHINO-NASAKE.

    La perfection de la maîtrise réside dans l'équilibre entre la contention des passions égoïstes et la libération des nobles élans de la nature humaine, purgée de ses étroitesses.

    Cette puissante structure intérieure est l'aboutissement naturel de la culture selon le BUSHIDO. La compréhension entre ceux qui subissent les mêmes épreuves, les mêmes souffrances, les mêmes joies et les mêmes espoirs, fait naître l'amitié.

     

    L'amitié, la bienveillance :

    L'amitié est peut-être le plus pur des sentiments de l'homme. Vierge de passions, elle est sans doute une des formes les plus altruistes de l'amour.

    Fondée sur la compréhension, l'estime et la confiance mutuelles, elle permet les échanges humains les plus élevés.

    Pour que cette amitié soit authentique, l'homme doit vivre selon les principes du BUSHIDO.

    A un degré suffisant, il doit posséder : rectitude, courage, bonté, politesse, véracité, sincérité, loyauté, désintéressement, détachement, sens de l'honneur, fidélité, modestie, respect, contrôle de soi.

    Toutes ces facultés se conditionnent et se renforcent mutuellement. Il n'est pas possible de concevoir les unes sans les autres. Elles concourrent toutes à faire un homme complet, profondément équilibré.

    Si un seul de ces principes fondamentaux du BUSHIDO fait totalement défaut, cette lacune entraîne la faillite des autres. Il n'est plus possible d'éprouver la confiance et l'estime réciproques, bases de toute amitié vraie.</


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    Bushido

    Les samouraïs s'identifiaient à la beauté fragile et éphémère des fleurs du cerisier. La fleur de cerisier ne reste pas accrochée à l'arbre jusqu'à ce qu'elle se fane. Elle tombe dans tout l'éclat de sa beauté, de la même manière qu'un samouraïs imagine qu'il mourra au combat, à la fleur de l'âge.

     

    Le préfixe "bu" signifie, en japonais, l'ensemble des techniques martiales. Shi signifie guerrier, et le suffixe do désigne la voie, celle qui mène à la maîtrise de soi par le travail conjoint du corps et de l'esprit. Le Bushido est le code d'honneur de la caste militaire japonaise qui a donné naissance aux écoles de karaté et autres arts martiaux orientaux, tous régis par des codes d'honneur et la maîtrise du corps esprit par un entraînement régulier.

     

    L'esprit du Budo est directement issu des samouraïs au Japon, et constitue une véritable éthique inspirée de la philosophie religieuse du shintoïsme, du confucianisme chinois et du bouddhisme Zen. L'esprit du Budo, outre les qualités intrinsèquement guerrières qu'il exigeait, requérait de ses adeptes qu'ils fassent preuve d'une recherche constante de la perfection. Au Japon, aucune figure n'est plus symbolique que celles des samouraï, ces guerriers héroïques qui vivaient par le code du bushido, la voie du samouraï, fondée sur la loyauté, la justice et l'honneur. Cette tradition guerrière au japon est aussi vieille que le pays lui-même, mais le véritable samouraï émergea durant la période Heian du milieu du 12ème siècle. Durant cette période, les arts martiaux japonais classiques évoluèrent, et avec eux, le code du bushido.

     

    L'introduction du bouddhisme zen durant la période Kamakura (1192-1333) influencera le code du samouraï . Le bushido demande avant toute chose une certain sang-froid devant la mort, parce que faire face volontairement à la mort, c'est apprendre à conquérir ses peurs. Selon les principes zen, la peur ne peut réellement être conquise que si la notion de "moi" et tout ce qui s'y rattache est abolie.

     

    La première utilisation du terme Bushido s'est apparemment produite pendant la période de guerre civile du 16ème siècle ; son contenu précis a changé historiquement en même temps qu'évoluaient les normes des samouraïs . Zen et bushido s'implantèrent très profondément parmi les samouraïs, et pénétrèrent la culture et les valeurs japonaises. Dans cette perspective et dans la poursuite d'un but, l'entraînement mental devint plus important que le physique. Son idéal était l'esprit martial, y compris des qualifications sportives et militaires aussi bien que l' affrontement sans peur de l'ennemi dans la bataille. L' austérité, la bonté et l'honnêteté ont été également fortement considérés. Comme le Confucianisme, le Bushido exigeait le dévouement filial ; mais, provenant du système féodal, il a également soutenu que l'honneur suprême était de servir son seigneur jusqu'à la mort. Si ces engagements étaient en conflits, le samurai était lié par fidélité à son seigneur en dépit de la douleur qu'il pourrait causer à ses parents.

     

    La standardisation finale de la pensée du Bushido s'est produite pendant la période de Tokugawa au 17ème siècle, quand Yamaga Soko (1622-1685) a comparé le samouraï avec "l'homme supérieur" confucéen, et a enseigné que sa fonction essentielle était d'être des exemples vivants pour les classes inférieures. Sans négliger la vertu confucéenne de base, la bienveillance, Soko a mis l'emphase sur la deuxième vertu, la droiture, qu'il a interprété en tant que l'engagement, le devoir. Ce code  d'honneur strict, affectant des sujets de  vie et de mort, a exigé un choix conscient et ainsi a stimulé l'initiative individuelle tout en pourtant réaffirmant les engagements de la fidélité et de la dévouement filial. L'obéissance à l'autorité a été souligné, mais le devoir est venu d'abord même si il nécessitait la violation de la loi décrétée. Dans un tel exemple, le vrai samouraï prouverait sa sincérité et expierait son crime contre le gouvernement en s'enlevant plus tard sa propre vie.

     

    Le code du samouraï

     

    Le code du samouraï est un condensé du Bushido, la voie du guerrier, code d'honneur et de morale traditionnelle qui régit l'ensemble des arts martiaux. C'est le respect formel du code moral que l'on s'est choisi. Il faut savoir que chaque pratiquant qui atteint le niveau de ceinture noire 1er dan doit devenir un ambassadeur du bushido, code d'honneur et de morale traditionnelle qui régit l'ensemble du Budo.

     

    Honneur et fidélité sont les deux vertus les plus marquantes de cette morale, mais aussi loyauté, droiture, courage, bonté et bienveillance, sincérité, respect et politesse, modestie et humilité, et, en toutes circonstances, contrôle de soi. Le devoir de chacun, qu'il soit pratiquant, dirigeant ou enseignant est de s’imprégner de ces principes afin d’être un exemple vivant. Il devra être un ambassadeur de la discipline et de l'esprit auquel il se réfère. Neuf vertus fondamentales régissent ce code moral :

     

     

    LA BONTÉ et LA BIENVEILLANCE : SHINSETSU

     

    Vertu de base selon le confucianisme Chinois, la bonté et la bienveillance dénotent une grande humanité. Elles nous incitent à l'entraide, à être attentif à notre prochain et à notre environnement, à être respectueux de la vie. Conçue comme un trait féminin, la bienveillance vient équilibrer la rectitude et la justice dure, deux traits perçus comme masculins. La bienveillance inclue l'amour, l'affection pour les autres, la sympathie et la noblesse des sentiments.  La bienveillance peut exister sans échange mais elle reste un sentiment constructif, fait de compréhension et d'amitié, une des formes de la bonté. La bienveillance est aussi l'indulgence pour les lacunes et défaillances d'autrui, et un encouragement pour les aptitudes naissantes.

     

     

    LA DROITURE : TADASHI

     

    La  rectitude, est le précepte le plus incontestable de tout le code du Bushi. C'est suivre la ligne du devoir, sans jamais s'en écarter. Loyauté, honnêteté et sincérité en sont les piliers. Elles nous permettent de prendre sans aucune faiblesse une décision juste et raisonnable. Un Bushi célèbre la définit ainsi : " La rectitude est le pouvoir de prendre, sans faiblir, une décision dictée par la raison. Mourir quand il est bien de mourir, frapper quand il est bien de frapper ".Quelles que soient ses qualités, ses faiblesses ou sa position sociale. Savoir traiter les personnes et les choses avec déférence et respecter le sacré est le premier devoir d'un Budoka car cela permet d'éviter de nombreuses querelles et conflits. Rien n'est plus repoussant à un Bushi que de traiter en secret et d'agir par traîtrise. La droiture engendre le respect à l'égard des autres et de la part des autres. La politesse est l'expression de ce respect dû à autrui. Mais cette rectitude pourrait dégénérer si elle n'était soutenue, par l'audace et l'endurance du courage.

     

     

     

     

    LE COURAGE :  YUUKAN

     

    La force d'âme qui fait braver le danger et la souffrance s'appelle le courage. Ce courage qui nous pousse à faire respecter, en toutes circonstances, ce qui nous paraît juste, et qui nous permet, malgré nos peurs et nos craintes, d'affronter toutes les épreuves. Confucius définit ainsi le courage : " Sachant ce qui est juste, ne pas le faire démontre l'absence de courage. Donc, le courage est de faire ce qui est juste ".Le courage est une vertu si seulement il y a droiture. Courir toutes sortes d'aventures désordonnées, s'exposer sans raisons justes, n'est pas de la bravoure. Un prince samouraï disait : " C'est le propre du vrai courage de vivre quand il faut vivre, et de mourir seulement quand il faut mourir ". Un homme vraiment brave garde toujours sa sérénité et sa lucidité. Dans les catastrophes, les dangers, les souffrances, la mort, il garde la maîtrise de soi. Maîtrise et impassibilité ne sont ni contrainte ni raideur, mais détente et paix, issues de l'absence de peur. C'est ainsi que les samouraïs improvisaient souvent des poèmes sur le champ de bataille, en l'honneur de leurs ennemis dont ils appréciaient la bravoure ou l'habileté. Un samouraï disait " L'homme de valeur et d'honneur estime, comme ennemis en temps de guerre, ceux qui sont dignes d'être des amis en temps de paix. Le succès d'un ennemi estimé est aussi celui du samouraï ".

     

     

    LE RESPECT : SONCHOO

     

    Sans modestie, aucun respect n'est possible, sans respect aucune confiance ne peut naître. Sans confiance aucun enseignement ne peut être donné, ni reçu. Cette relation humaine élevée est encore vivante en Orient. Depuis le Moyen Age, elle a pratiquement disparu en Occident. C'est pourquoi la civilisation occidentale est devenue une civilisation de tête, mécanique, et qui se préoccupe avant tout du bien-être matériel, de la santé, et de la durée du corps.

     

    Cette attitude de respect doit s'étendre au dojo, où l'enseignement est donné, et la voie recherchée. Elle doit englober aussi les partenaires dans la même recherche. S'il y a respect, il ne peut y avoir vulgarité. L'âge, qui implique l'expérience de la vie, les anciens dans l'étude, les grades élevés, les débutants, les faibles, doivent être l'objet du respect passif et actif de la ceinture noire. A son tour, en cela, il doit être un modèle. Il faut surtout éviter la critique et le dénigrement des autres, car cette néfaste habitude a pour but inconscient de se louanger soi-même. " Un tel est ainsi ", cela sous-entend : " je ne suis pas comme lui ". " Un tel a fait, a dit telle chose ", cela sous-entend : " Moi je n'aurais pas dit, ou pas fait cela ". Rabaisser autrui est un moyen facile de se grandir, relativement à peu de frais. De telles pratiques sont indignes d'un ceinture noire. C'est de la prétention inconsciente. C'est seulement en travaillant sur ce qui nous manque qu'on peut s'améliorer.

     

    Pour respecter les autres, il faut pouvoir résister à ses propres émotions d'irritation, de colère, de désir, de peur, etc.  La force d'âme, combinée au respect d'autrui et à la politesse, qui ne veut pas blesser ou gêner les autres, aboutit à une attitude stoïque. Dans le BUSHIDO cela est connu comme le contrôle de soi.

     

     

    LE CONTRÔLE DE SOI : SEIGYO

     

    Pour un samouraï, laisser paraître ses émotions sur le visage ou dans ses gestes est un manque de force. Le code d'honneur et de la morale traditionnelle enseignée dans les disciplines du Bushido est basé sur l'acquisition de cette maîtrise.  Une grande partie de l'apprentissage du karaté est basé sur cette vertu.  Cela doit être la qualité essentielle de toute ceinture noire. Il représente la possibilité de maîtriser nos sentiments, nos pulsions et de contrôler notre instinct. C'est l'un des principaux objectifs de la pratique des Arts Martiaux car il conditionne toute notre efficacité.

     

    Inazo Nitobe raconte qu'il connaît l'histoire d'un père qui passa des nuits entières derrière la porte à écouter la respiration de son enfant malade : il ne voulait pas être surpris dans cet état de faiblesse paternelle. Il cite aussi le cas d'une mère qui, à ses derniers moments, s'abstint d'envoyer chercher son fils pour qu'il ne fut pas dérangé dans ses études. Les histoires héroïques de ce genre abondent au Japon, et trouvent toujours une résonance profonde dans le coeur des Japonais.

     

    Certains disciples du BUSHIDO pouvaient atteindre un haut degré de douceur pacifique. Tel Ogawa : " Quand les autres disent du mal de toi, ne rends pas le mal pour le mal, mais réfléchis que tu n'a pas été non plus toujours fidèle dans l'accomplissement de tes devoirs ".

     

     

    L' HONNEUR : MEIYO

     

    Au Japon, les enfants sont élevés avec un sentiment aigu de l'honneur, leurs parents manifestent eux-mêmes un attachement plus grand à l'honneur qu'à la vie. L'honneur, qualité essentielle, établit notre attitude et notre manière d'être vis à vis des autres. C’est une intense conscience de la valeur de la dignité personnelle  . Nul ne peut se prétendre Budoka (guerrier au sens noble du terme) s'il n'a pas une conduite honorable. Du sens de l'honneur découlent toutes les autres vertus. Il exige le respect du code moral et la poursuite d'un idéal, de manière à toujours avoir un comportement digne et respectable.

     

    Toute infraction à l'honneur d'un samouraï était ressentie et appelée "ren-shi-shin" (un sens de la honte). La désobéissance au code ou à un supérieur  produisait un sentiment de culpabilité et de honte. Le sens du déshonneur était ainsi le stimulant suprême pour corriger la conduite. Un samouraï, dans sa jeunesse, refusa de laisser entamer sa réputation par une compromission légère : " parce que, disait-il, le déshonneur est pareil à une cicatrice sur un arbre que le temps, au lieu d'effacer, agrandit tous les jours ".

     

    Mais ce sens de l'honneur, s'il est mal compris, a donné lieu, chez les samouraïs, à des exagérations morbides. Ceux qui n'avaient sacrifié, par avance, que leur corps, mais cultivaient inconsciemment un égoïste amour d'eux-mêmes et un orgueil arrogant, croyaient, pour un oui ou un non, devoir laver dans le sang de pseudo atteintes à leur honneur. Heureusement, chez les samouraïs, s'offenser d'une provocation légère était ridiculisé comme un manque de contrôle de soi. Selon un  dicton populaire;Supporter ce qu'on croit ne pas pouvoir supporter voilà qui est réellement supporter .

     

    Meng-Tseu disait : " Il est dans la nature de tout homme d'aimer l'honneur, mais ce qui est vraiment honorable réside en chacun et non ailleurs. L'honneur que les hommes confèrent n'est pas le véritable honneur ".L'approbation des hommes et la gloire du monde n'est pas l'honneur. Mais l'honneur est attaché à la manière d'être, à la fidélité, à la parole, à un ami, un Maître, un Idéal, ou à la vérité. C'est pourquoi le devoir de fidélité est un des piliers du BUSHIDO.

     

     

    LA FIDÉLITÉ : CHUJITSU

     

    Il n'y a pas d'honneur sans fidélité et loyauté à l'égard de certains idéaux et de ceux qui les partagent. La fidélité symbolise la nécessité incontournable de tenir ses promesses et remplir ses engagements. La fidélité nécessite la sincérité dans ses paroles et dans ses actes. Le sentiment de fidélité a, dans le BUSHIDO, une importance capitale. De nos jours, ce lien a évolué, tout au moins dans certaines civilisations occidentales, mais il n'a pas pour autant disparu. Bien que, dans certains pays d'Occident, on prête encore maintenant serment au souverain, Roi ou Empereur, qui incarne la patrie. Aujourd'hui, il convient de faire preuve de fidélité et de loyauté, par exemple à l'égard de sa patrie, y compris, pour la défendre, l'éventuel sacrifice de la vie. Celui qui se dérobe à ce devoir est considéré comme un lâche ou un traître.

     

    En Chine, Confucius faisait de la fidélité et la loyauté à l'égard des parents le premier des devoirs humains. Dans l'Inde, ces devoirs occupent une grande place. Au Japon également. Mais, dans l'Inde, la première place revient au Maître spirituel ; au Japon, elle revient à l'Empereur qui incarne pour les japonais le YAMATO, l'âme même du pays. Ce qui est important, c'est que, quel que soit le motif, l'objet de la fidélité et du loyalisme, ce sentiment existe.

     

    Mais, toutes ces fidélités et loyautés, ont un dénominateur commun. C'est la consécration de sa vie à quelque chose de plus grand que soi, et que les possessions humaines ou matérielles. Celui qui ne vit que pour soi ou ses possessions humaines ou matérielles, est un vivant de qualité médiocre, qui ne sauvera finalement aucune de ses possessions, ni même sa vie, puisque tôt ou tard il mourra.

     

    De nos jours, les principes directeurs du BUSHIDO restent toujours vrais, mais doivent être adaptés à des situations nouvelles. Dans les Arts Martiaux, les relations de Maître à disciple sont le grand idéal humaniste traditionnel. Son application dans la vie tout entière offre un large champ de réalisation des principes du BUSHIDO. Il convient donc que les ceintures noires s'en inspirent, le respectent et le vivent.

     

     

    LA SINCÉRITÉ : SEIJITSU

     

    Lors du salut du karatéka au début et à la fin des cours ou des compétitions, vous exprimez cette sincérité. Le mensonge et l'ambiguïté engendrent la méfiance qui est la source de toutes les désaccords. Dans les Arts Martiaux, le salut est l'expression de cette sincérité, c'est le signe de celui qui ne déguise ni ses sentiments, ni ses pensées, de celui qui veut être authentique. L'honnêteté était une extension de la vision du courage que le bushi avait, aussi s'efforçait-il de rester honnête dans toutes les situations. Confucius va plus loin : " La sincérité est la fin et le commencement de toutes choses, sans la sincérité, rien n'existerait ".L'idéogramme chinois qui signifie sincérité est une combinaison de " Parole " et de " Perfection ".

     

    Le BUSHIDO tient le mensonge ou l'équivoque pour une égale lâcheté. BUSHI NO ISHIGON, parole de samouraï, est une garantie suffisante. Une promesse ainsi faite est tenue, sans preuve nécessaire de cet engagement. Il n'y a pas de différence entre vérité et réalité. Cependant il peut exister des préséances entre le vrai et le réel. C'est alors que doit intervenir le discernement. Si un malade demande à un médecin : " quelle est la gravité de mon état ? ". Le médecin en répondant : " ce n'est pas grave, vous serez bientôt guéri ", bien qu'il sache le contraire, obéit à une vérité d'un ordre supérieur : préserver le moral, dont les chances minimes de guérison de son malade ; ne pas troubler et accabler inutilement son prochain et son entourage. Il en est de même de la politesse. Parfois dire la vérité est une cruauté inutile. Cacher une disgrâce, une laideur, une antipathie est un acte de compassion qui obéit à une réalité d'un ordre supérieur à la Vérité immédiate.

     

    La passion du BUSHIDO pour la franchise, la loyauté, a sa source dans le courage, mais aussi dans le besoin de limpidité, de pureté, d'harmonie et de cohérence. Tout ce qui entache cet état est déshonorant.

     

     

    LA MODESTIE et L' HUMILITÉ : KEN

     

    Les relations enseignant élève sont impossibles sans modestie. Si le budoka devient l'ambassadeur du code moral, il se doit de rester humble et ne pas flatter son ego. L'orgueil et la vanité freinent considérablement l'apprentissage de ce code. La bonté et la bienveillance ne peuvent s'exprimer sincèrement sans modération dans l'appréciation de soi-même. Savoir être humble, exempt d'orgueil et de vanité, sans faux-semblant est le seul garant de la modestie.

     

    Comme toutes les autres bases du BUSHIDO, la modestie a ses véritables racines dans la sincérité et la vérité. Une modestie, qui n'est qu'une forme purement extérieure de la politesse, ou une habileté pour se concilier l'opinion, n'est pas la véritable modestie. Une fausse modestie peut être une des formes les plus dangereuse de la vanité, ou de la peur : " Je me mettrai si bas, que nul ne pourra m'y mettre davantage ", n'est rien d'autre que la formule d'un calcul bassement utilitaire.

     

    L'homme vraiment modeste ne désire pas s'abaisser, mais simplement s'apprécier, selon la vérité et la justesse, avec sincérité et honnêteté. La vanité aime parader, même si elle proclame une valeur irréelle ou médiocre. Le désir d'être admiré, aimé, respecté, pour légitime qu'il soit, n'est admissible que si la valeur est authentique.

     

    Ce désir est à l'origine de bien des exploits et aussi de bien des erreurs. Celui qui dit : "Je suis modeste"  , cesse de l'être à cet instant précis .Le culte de la modestie consiste donc, d'abord, à être conscient de l'immodestie et de la propension à affirmer, à soi-même et aux autres, des valeurs inexistantes. Il consiste, ensuite, à concentrer l'attention sur ce qui manque, objectivement,  avec la ferme volonté de se transformer.

     

    Enfin, il est important de savoir apprécier, respecter et aimer la valeur chez les autres, amis ou ennemis, et les prendre pour référence. On risque peu à peu les surestimer, tout en les sous-estimant.

     

     

    L'Art de combattre sans combattre

     

    L'histoire qui va vous être contée ci-dessous était chère à Bruce Lee, si vous connaissez bien la filmographie du Petit Dragon vous y trouverez une allusion.

     

    Le célèbre Maître Tsukahara Bokuden traversait le lac Biwa sur un radeau avec d'autres voyageurs. Parmi eux, il y avait un samouraï extrêmement prétentieux qui n'arrêtait pas de vanter ses exploits et sa grande maîtrise du sabre. A l'écouter, il était champion toutes catégories du Japon. C'est ce que semblaient croire tous les autres voyageurs qui l'écoutaient avec une admiration mêlée de crainte. Tous? pas vraiment, car Bokuden restait à l'écart et ne paraissait pas le moins du monde gober cet amas de sornettes. Le samouraï s'en aperçut et, vexé, il s'approcha de Bokuden pour lui dire :

    - "Toi aussi tu portes une paire de sabres. Si tu es samouraï, pourquoi ne dis tu pas mots ?"

    Bokuden répondit calmement :

    -"Je ne suis pas concerné par tes propos. Mon art est bien différent du tien. Il consiste, non pas à vaincre les autres, mais à ne pas être vaincu."

    Le samouraï se gratta le crâne et demanda :

    -"Mais alors, quelle est ton école ?"

    -"C'est l'art de combattre sans armes."

    -"Mais dans ce cas, pourquoi portes tu des sabres ?"

    -"Cela m'oblige à rester maître de moi pour ne pas répondre aux provocations. C'est là un défi de tous les jours."

    Exaspéré le samouraï continua :

    -"Et tu penses vraiment pouvoir combattre avec moi sans sabre?"

    -"Pourquoi pas? il est même possible que je gagne!"

    Hors de lui le samouraï cria au passeur de ramer vers le rivage le plus proche, mais Bokuden suggéra qu'il était préférable d'aller sur une île, loin de toute habitation, pour ne pas provoquer d'attroupement et être plus tranquille. Le samouraï accepta. Quand le radeau atteignit une île inhabitée, le samouraï sauta à terre et dégaina son sabre, prêt au combat.

    Bokuden enleva soigneusement ses deux sabres, les tendit au passeur et s'élança pour sauter à terre, quand, soudain, il saisit la perche du batelier, puis dégagea rapidement le radeau pour le pousser dans le courant.

    Bokuden se retourna vers le samouraï qui gesticulait dans tous les sens sur l'île déserte et il lui cria :

    -"Tu vois, c'est cela l'art de combattre sans arme !"

     

    Voici une autre histoire intéressante qui illustre aussi que le mental doit primer sur la technique.

     

    Un jour un célèbre maître de sabre Tsukahara Bokuden voulut mettre ses fils à l'épreuve. Pour commencer, il fit appeler Hikoshiro, l'aîné des trois. En ouvrant la porte du coude, celui-ci la trouva plus lourde qu'à l'accoutumée et, en passant la main sur la tranche supérieure de la porte, constata qu'on avait disposé, en équilibre, un lourd appui-tête en bois. Il l'enleva, entra puis le remis exactement comme il avait trouvé.

     

    Bokuden fit alors venir son fils cadet, Hikogoro. Quand celui-ci poussa la porte, l'appui-tête tomba mais il le rattrapa en vol et le remit à sa place.

     

    Bokuden fit enfin appeler son benjamin Hikoroku,  le meilleur, et de loin, au maniement du sabre. Le jeune homme poussa puissamment la porte et l'appui-tête tomba, heurtant son chignon. En un éclair, il dégaina le sabre court qu'il portait à la ceinture et trancha l'objet avant qu'il ne touchât le tatami.

     

    À ses trois fils, Bokuden déclara: -"C'est toi Hikoshiro, qui transmettra notre méthode de maniement du sabre. Toi, Hikogoro, en t'entraînant ardemment, peut-être égaleras-tu, un jour, ton frère. Quand a toi, Hikoroku, tu conduiras certainement un jour notre école à sa perte et attireras l'opprobre sur ton patronyme. Je ne peux pas donc m'offrir le luxe de garder un individu aussi imprudent dans mes rangs ». Sur ces vertes paroles il le désavoua. Cela illustre parfaitement l'importance accrue des facultés mentales sur les facultés techniques.

     

     

    Source : http://shotokancrsa.com/samourai.htm

     

     


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