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    L’aspect Budo est fondamental, c’est la formation de l’homme qui est fondamentale et c’est ça l’esprit du budo. Dans le budo la formation de l’esprit humain est fondamentale, l’aspect sportif, compétition n’est qu’un complément.

     

    Le budo c’est la voie du guerrier, autrefois ont formé des samouraïs sur le champ de bataille et donc il était essentiel de formé l’esprit du guerrier.

     

    L’objectif fondamental du karaté, c’est la formation des hommes. il faut vivre ensemble et prospérer ensemble, c’est ça la recherche de la paix dans le monde.

     

    Maître Matsumura a dit, si vous pratiquez le budo vous deviendrez riche.

     

    En pratiquant le Karaté d’abord on acquière une bonne santé, si on pratique régulièrement, on va au dojo par n’importe quel temps, cela renforce la patience et la volonté, de plus au dojo en fréquentant ses camarades on peut acquérir une bonne sociabilité et donc on peut devenir utile à la société. Enfin a travers le combat, le kumite ont acquière la force de décision.

     

    Une personne qui est persévérante, qui a une volonté puissante, qui est capable de travailler en harmonie avec les autres, qui a une force de décision et bien cette sorte de personne réussira dans son travail et elle arrivera à obtenir la richesse voilà le sens de la phrases de Matsumura, « le budo vous rendra riche ».

    Même si vous êtes riche sans aider les autres, il n’y aura pas de sens dans votre vie.

    Prospérer ensemble c’est la meilleur façon de vivre. Mais maintenant, on a trop tendance à l’oublier dans le karaté d’aujourd’hui.

     

     

    Source : Video : Les grands maîtres d’Okinawa – part II

     


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    bugei et budo

     

    Bugei désignait au temps des samouraïs, l’ « art de la guerre » et les disciplines de combat destinées à la guerre. Le bugei était complété par le bushido qui approfondissait les techniques de règles spirituelles.

    Aux bugei s’ajoute le terme de jutsu (synonyme d’efficacité). Il existe vingt-trois bugei traditionnels au nombre desquels on compte le kyujutsu (art de l’arc et des flèches), le kenjutsu (art de combattre avec le sabre), le iai-jutsu (art de faire jaillir le sabre hors du fourreau).

    A l’ère Meiji (1868-1912), les formes d’art guerrier, ayant perdu leur caractère offensif, se muèrent en budo (de bu, « guerre » et do « voie ») se rapprochant de l’enseignement traditionnel des art japonais, rattachés à une idée de paix et de sérénité. Ainsi le chado (art du thé), le kado (art des fleurs), l’ido (art de la médecine naturelle) dans lesquels le terme « do » signifie « voie de l’harmonie ». Le tir à l’arc (kyujutsu) exprimant cette idée de paix devint ainsi le kyudo, l’art de manier le sabre (kenjutsu) le kendo. Budo signifie « les arts guerriers » ou mieux, «  la voie du combattant », à comprendre dans son sens chevaleresque.

    Ils offrent, autrement dit, une signification humaniste des arts guerriers et l’usage spirituel que l’on fait des armes importe davantage que l’arme elle-même.

    Qu’il soit question de jutsu ou de do, à l’origine, la technique de combat concerne toujours une situation qui met l’homme en devoir de défendre sa vie donc d’être ou de tenter d’être le plus efficace. Dans les arts martiaux, ce souci d’efficacité s’associe à la formation de « l’homme intérieur ».

    Se libérer de la peur de sa mort, conserver sa sérénité et sa maîtrise (zanshin) quoi qu’il arrive, ne sont pas des qualités aisés à acquérir sans l’engagement de toute une vie. Une connaissance superficielle et littéraire simplifie, trop souvent en spiritualisant à l’excés, la voie des « do » en rejetant les bugei-jutsu comme s’il s’agissait d’un mal dont l’homme est heureusement guéri.

    Si déviation il y a, cette déviation s’applique principalement à l’adaptation, un peu forcenée, des formes traditionnelles aux sports et à la compétition bien que toute application d’un art à une formule de masse entraîne des distorsions. Toutefois, entre une attitude rigoriste et un réalisme tenant compte de l’enrichissement qu’apporte la pratique de l’aikido, du judo, du karatedo ou du kendo, il y a lieu de retenir la loi de la sélection naturelle qui, au-delà du nombre, s’impose entre quantité et qualité.

     

     

    Source : Livre, les arts martiaux ou l’esprit des budo de Michel Random, pages 91-92.

     


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    "Budo : l´Art d´arrêter les conflits"


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    3 concepts Budo à étudier

    par tout pratiquant d’art martial authentique...

     

     

    Heiho

     

    “Méthode (Ho) du guerrier (Hei)” : stratégie militaire.

     

    Nom donné par Ito Ittosai Kagehisa (1560-1653) dans son Itto-ryu Ken-jutsu à une conception tout à fait neuve dans la technique du combat au sabre : l’entraînement doit avoir pour objectif l’élévation spirituelle plus que l’acquisition de techniques proprement dites. Sans mental fort et en dehors de l’attitude spirituelle “juste”, celui qui pratique l’art du sabre n’arrivera qu’à se détruire lui-même. Cette attitude doit être calme, pure et sincère (Makoto). Elle seule permet d’utiliser à son profit le mouvement de l’adversaire (Katsujin-no-ken). Heiho refère donc à un comportement purement défensif, dans lequel il n’y a aucune agressivité (On peut remarquer que les caractères japonais pour Hei-ho sont lus “méthode du guerrier” alors que les mêmes idéogrammes se lisent en chinois “Voie de la paix”).

     

    Ainsi défini, ce nouvel objectif de l’art du sabre (Ken-no-shinzui) sera visé à travers l’enseignement de tous les experts (Kenshi) du sabre jusqu’à ceux du Yagyu Shinkage-ryu de la période Edo (1603-1868), qui y fera également référence sous le nom de Seiho.

     

     

    Isshin-itto

     

    “Un esprit, un sabre”, expression de l’expert de sabre (Ken-jutsu ) Ito Ittosai , pour souligner qu’il ne peut y avoir d’efficacité technique sans maturité spirituelle.

     

    Ito Ittosai Kagehisa (1560-1653) pensait en effet qu’il ne servait à rien à un homme sans valeur morale d’apprendre une technique de combat efficace car cet apprentissage n’aboutirait qu’à une manière de se détruire lui-même. Et aussi que celui qui se donnait comme but de maîtriser le sabre devait à la fois maîtriser les lettres (Bun) et l’art martial (Bu). Incitation évidente pour le guerrier à viser en premier la forge d’un caractère plus utile à la société pacifique prônée par les Tokugawa. Itto-ryu enseignait le principe de Shin-ki-ryoku, soit “la puissance (Ryoku) de l’esprit (Shin) et du souffle intérieur (Ki)”, prête à s’engager pour une cause juste même au risque de perdre la vie.

     

    C’est pourquoi Ito n’aimait guère l’appellation Ken-jutsu pour son enseignement, qu’il jugeait trop limitée et trop fruste. Il lui préférait celle de Heiho, ou Itto-ryu Heiho, car, disait-il, Ken-jutsu est l’art de tuer tandis que Heiho est l’art de se protéger. Même si le résultat final peut être le même, la différence est fondamentale dans l’attitude et l’esprit de la technique. Rien ne s’opposait à vaincre un adversaire en le tuant, mais le niveau le plus élevé dans la connaissance de Itto-ryu Heiho s’exprimait par la volonté de maintenir le sabre dans son fourreau le plus longtemps possible et donc d’éviter la confrontation par le seul avantage psychologique avec lequel il est possible d’empêcher un agresseur potentiel de passer à l’acte. On retrouve là le sens du Mutekatsu (= victoire sans les mains) de Bokuden Tsukahara (1490-1571) qui considérait cette possibilité comme la plus grande victoire possible sur l’adversaire et sur soi-même.

     

     

    Heijo-shin-kore-do

     

    Aussi Heijo-shin-kore-michi : “La conscience ordinaire est la Voie”, célèbre réponse que fit le maître Zen Nansen Fugen à la question “Qu’est-ce la Voie” de son élève Joshu Jushin au cours d’un Koan qui apporta l’illumination (Satori) à ce dernier. Cette réponse refère à l’état d’esprit (Heijo-shin) dans lequel l’esprit, ou la conscience, n’est engagé dans aucune direction, et reste simplement à un stade d’équilibre, c’est à dire “ordinaire”. Au VIII ème siècle déjà le maître de Chan chinois Ma-tseu (en japonais, Baso) définissait sa Voie comme celle de “l’esprit de tous les jours”.

     

    Cette notion est devenue la pierre angulaire de la philosophie des arts martiaux classiques (Budo) de l’ancien Japon. Elle est notamment présente dans le concept de Iwa-no-mi ( = le corps comme un roc) décrit par Miyamoto Musashi pour l’art du sabre.

     

    Le mental du guerrier est présent à tous les instants de sa vie sous forme de Heijo-shin, qui est d’abord une attitude spirituelle mais qui se prolonge aussi dans une attitude corporelle, le tout donnant une très forte impression de stabilité, de calme, de maîtrise de soi, d’immobilité face à la pire adversité. Et ce sur le champ de bataille comme dans les actes de la vie quotidienne. Ainsi seulement il est possible de faire face, efficacement, dans l’instant, aux choses les plus inattendues et de survivre au combat. Saisir l’essence de Heijo-shin-kore-michi était donc au centre des préoccupations de celui qui suivait la voie de la méditation Zen (une “méditation sans objet”) comme de celui qui avait choisi la Voie des armes, le Samuraï .

     

    Roland Habersetzer

    Président du C.R.B.

     


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    Budo ? Budo-sport ?

    ... plus qu'une nuance !

     

     

    C'est le nouveau sujet signé par Sensei Habersetzer dans sa rubrique « Matière à réflexion » de la revue « Dragon ». La première partie vient de paraître dans le numéro 21 (mai-juin 2007) actuellement en kiosque et ne surprendra que ceux qui ignorent encore une position pionnière que le Soke du « Tengu-no-michi » défendait déjà il y a plus de 25 ans dans sa propre revue « Le Ronin ». Le plus étonnant est la concordance avec un article de Sensei Henri Pléé, qui figure dans ce même numéro de « Dragon », et qui évoque également l'opposition entre les deux concepts de pratique « martiale ». Surprise : il n'y a eu aucune concertation entre les deux Sensei ! La position de Soke Habersetzer serait-elle enfin d'actualité ... ? Après tant et tant d'années à prêcher dans le désert ...

     

    « On enseigne à un élève en considérant sa force et son caractère. Si le choix des moyens d'enseignements est approximatif, et si les principes de l'enseignant sont faux, cela aboutit à des efforts inutiles. Et non seulement l'effet produit devient inverse, mais la santé de l'élève se trouve menacée ».

     

    Azato Anko, Yasutsune (1827-1906) dans son texte « Okinawa-no-bugi » (1902)

     

     

    « Lorsqu'une école cherche avant tout à se garantir une clientèle en affichant les trophées gagnés en tournois, elle trompe l'élève quant à la réalité de la Voie du Guerrier ».

     

    Miyamoto Musashi (1584-1645) dans « Traité des Cinq Roues, Livre du Vent »

     

     

    On n’a jamais autant parlé des « arts martiaux », et on n’a jamais aussi mal défini les choses … Je ne parle pas des « sports de combat », ou de ces « gestuelles d’origine martiale » qui fleurissent sur fond de ces discours (et musiques …) du « moi d’abord » bien dans l’air du temps (et animées par cette « génération spectacle » pour le « show devant » (dénominations très justes, et honnêtes au demeurant, qu’en donnait une revue dite spécialisée dans tout ce qui touche à la « planète martiale »…). Je veux parler, vraiment, d’arts « martiaux », de ceux qui ont été pensés pour faire face à une menace grave et réelle, et donc aussi permettre le maintien de la paix à travers ce qu’ils ont de dissuasif pour un fauteur de troubles, comme de valeurs éducatives pour tous. De ces constructions techniques et mentales qui ont toujours été placées dans un contexte spécifique, celui de la lutte de survie. Ce qui n’est certes plus, a priori, le cas aujourd’hui, dans une société où le simple fait d'élever un peu la voix pour marquer un désaccord passe pour une violence d'un autre âge. Aussi bien, le simple fait d’évoquer un registre réellement « martial », dans ce qu’il implique de violence (même virtuelle…), n’est-il absolument pas « politiquement correct ». Ce qui n'empêche pas par ailleurs de banaliser la vraie violence, celle qui s'étale sur des surfaces de combat, ou des rings, où il est permis d'infliger une brutalité gratuite à l’autre, parfois avec des conséquences irréversibles. Juste pour le plaisir des uns et des autres ... Là où ces « sports d’origine martiale », ersatz promus au rang d’arts martiaux, sont par contre plébiscités, même avec leur étalage de violence (mais même au nom d’un jeu sportif le spectacle de celle-ci est-il acceptable ? Que peut-on apprendre à travers l’affrontement perpétuel des autres, sinon à concevoir une vie passée dans une jungle où chacun est un ennemi ? Bel objectif ... en tous cas loin de la vocation éducative d'un vrai Dojo). Face à la pression omniprésente de ses expressions sportives, et avec la complicité (ou l'ignorance ?) des médias, le Budo, le vrai, n’a plus guère de droit de cité. Déjà que le rappel récurent de la « maîtrise » visée par la pratique des arts martiaux est interprété par beaucoup comme un devoir de refus même de toute idée de confrontation (réelle, pas pour un championnat) même lorsque celle-ci est imposée de l’extérieur. Lente préparation des esprits à accepter à se soumettre à n'importe quoi, en tous domaines d'ailleurs (ce qui, pour l'historien que je suis, n'est sûrement pas innocent ...). La soi-disant nécessité de « maîtrise » par le martial a bon dos. Et la démotivation qui découle de ce genre de discours produit un effet négatif sur la vision qu'il convient de garder d'un Budo authentique. « Agneau en peau de tigre craint encore le loup » dit un proverbe chinois. A quoi bon apprendre une technique « lisse » (mais « socialement acceptable » dans sa version sportive), mais sans sa finalité de combat, sans son code d'utilisation capable de la rendre vraiment opérante lorsque surgira l'incontournable danger dans le monde « réel » ? La « peau de tigre » ne suffira pas. S'il faut sûrement, absolument, « refuser de se battre », il faut aussi rester prêt à « refuser de subir » (1). Et s'en donner les moyens.

     

     

    L’exacerbation de l’affrontement

     

    Pousser à s’affronter (dans la réalité comme en jeu sportif) est, par définition, tourner le dos au sens du Budo ! Je ne reviendrai pas sur le concept « arrêter la lance », que j’ai souvent développé dans mes écrits et qui pose un contour très précis à l’utilisation des capacités de combat d’un pratiquant « martial ». En Budo-sport on voit des combattants prendre des pénalités en championnats pour … non combativité. Aberrant … Bien sûr, si deux combattants ne s’affrontent pas devant un public qui a payé pour avoir du spectacle, il n’y a plus de spectacle … Il est évident que dans un tel contexte, devenu quasi général, la gestuelle d’origine martiale n'a plus rien à voir avec son modèle d'origine. Parce que le Budo, c’est l’apprentissage du non affrontement (Mu-to, 2). Oui, mais avec ça on ne déplace pas les foules. Sur le fond de l'analyse, on est en général assez d’accord, mais enfin … On le reprend volontiers dans certains discours ici et là. Mais on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre ...  Alors on continue à gagner du temps, sans s’engager, sans prendre des actes en conséquence. Il faudrait que les décideurs du Budo-sport  acceptent de faire un choix déontologique et s'y tiennent. C'est-à-dire, abandonnent enfin un discours qui ne peut être le leur, à travers l'image qu'ils propagent par ailleurs. Leur Budo version sport, qui a sans doute le droit d’exister comme n’importe quel sport-spectacle, ou sport d'entretien, et à propos duquel leur gestion efficace n'est pas mise en cause ici, n’a rien à voir avec le Budo « martial ». Certes, nombre de mots et adjectifs perdent aujourd'hui lentement leur sens, ce qui fait qu’en toute bonne foi on ne pèse plus guère le poids de ce qui est dit, mais tout de même … Le Budo-sport, c’est généralement (je sais, tout le monde ne s'intéresse pas à l'option compétition) l’affrontement programmé (dès lors qu'il amène à la compétition, de personne à personne, c'est quoi d'autre ?), l’espoir d’une promotion sociale pour certains, le vedettariat pour d’autres, la réussite mercantile pour beaucoup. Les intérêts qu’il draine sont évidents. D'où son omniprésence forte. Le vrai Budo, c’est l’apprentissage du respect de l’autre, de l’humilité, d'un effort mené ensemble et non reposant sur la défaite d'autrui, mais aussi de l’engagement réel lorsqu’il est incontournable et « juste ». Il apprend à voir, et à décider en connaissance de cause. Il propose de vraies valeurs transposables dans le quotidien, pour le plus grand bénéfice de tous, pour une société de non-affrontement et de tolérance, mais aussi de vigilance. Où il serait coupable de tout accepter sans réagir. Pratique sportive et pratique martiale ont sans doute quelques valeurs communes, mais se retrancher derrière ce type de discours c'est contribuer à maintenir un écran de fumée devant l’essentiel, qui reste parfaitement antinomique pour l'une et pour l'autre. Le Budo-sport est fait pour l’ego, et pour le regard venu de l'extérieur. Le Budo authentique, c’est en soi, pour soi, pas pour le « moi » … Il n'y a rien à voir, à faire voir. En Budo  l’ennemi est dedans, pas dehors. Une orientation qui ne va certes pas mobiliser les foules de 2007 ...

     

     

    Le culte du corps

     

    Un pratiquant d'art « martial » n’a pas à emprunter à des « sports » des exercices supplémentaires dans l’idée d’ « optimiser » son efficacité. Courir, faire de la musculation à outrance, ou des étirements pour faire état d’une souplesse d’acrobate, sont des activités absolument pas nécessaires, ni même utiles. Contentez vous de pratiquer la technique martiale, de la répéter sans cesse, encore et encore, le mieux possible, et surtout, avec « l'esprit de la technique ». Si vous avez envie de soulever de la fonte, avoir le ventre en « tablettes de chocolat », faire du stretching, faites le parce que cela vous fait plaisir, mais pas sous prétexte que cela va améliorer quoi que ce soit dans votre performance martiale. Courir, c’est pour l’endurance. En art martial, tout doit se jouer en quelques secondes, en un pic de réactivité auquel ce type d'exercice ne vous prépare en aucune façon … Soulever des poids, c’est souvent mettre en route des muscles antagonistes de ceux dont on a vraiment besoin pour des techniques spécifiques. Lorsqu’on se soumet à de longues séances de stretching, pense-t-on un seul instant qu’en réalité « martiale » on risque d’avoir besoin d’un mouvement instantané, explosif, à froid, disponible dans l’instant ?… En plus, l’assouplissement excessif non accompagné d 'exercices toniques peut fragiliser l'articulation. Ce qui relativise dans leur efficacité certains « beaux » mouvements qui font crouler des tribunes sous les applaudissements. Faites du fitness, du tai-bo, du body ceci et cela, de l’aérobic, etc …, pour le plaisir (on a le droit d’avoir du « fun » quand même !) pas sous prétexte d'art martial ! Faut-il des abdos en béton, une nourriture spéciale, savoir courir ou faire du saut à l'élastique, ou que sais-je encore, pour être en mesure de faire face à une vraie menace dans le monde réel ? Tout cela est joli pour le sport, le spectacle, la compétition, l’ego. Rien à voir avec le Budo, où le formatage musculaire peut s'apprécier comme un résultat, jamais se concevoir comme un but. Mais, certes, on a parfaitement le droit d’aimer son corps … C’est juste qu’il ne faut pas, alors, utiliser le même vocabulaire. Ni se chercher des alibis.

      

     

    Le détournement du Budo

     

    Le Budo-sport tourne franchement le dos au vrai Budo. Pire, par son omniprésence, et le droit de regard qu'il exerce légalement sur tout ce qui touche de près ou de loin à la « planète martiale », le Budo-sport tue lentement mais sûrement le Budo authentique. Même au Japon ... Et que l’on ne prétende surtout pas que la pratique sportive (et le passage par la « case compétition » à laquelle elle prépare le plus souvent) est une phase obligatoire … .Au cours de cette phase, que de mauvaises habitudes prises, dans le corps et, surtout, la tête … Ce type de pratique devient vite voie de garage, au bout de laquelle on finit par abandonner, lorsque l’effort physique devient trop dur, ou qu’on se lasse de ses titres de champion, et qu’avec l’âge on a envie de « jouer » à autre chose. Certes il y en a qui restent, finissant par découvrir autre chose dans leurs Dojo. Mieux vaut tard que jamais. Mais que de temps perdu, et combien d’abandons parce qu’on n’a pas eu l’occasion de saisir d’emblée le véritable sens du Budo. Il y a des responsabilités dans ces rendez-vous manqués ... Le sport représente un beau marché. Il faut de tout pour faire un monde, et il faut bien vivre … On est libre d’aimer ça. Mais il faut avoir un langage honnête : le Budo-sport est un spectacle, pensé pour être un spectacle, et amélioré sans cesse pour que ce spectacle soit plus attrayant. Et plus payant. Là n’est pas la honte. Ce qui est inacceptable c’est que l’on continue à faire prendre des vessies pour des lanternes. Le sportif est au service de la performance, au centre du spectacle, qui fait gagner de l’argent, toujours plus, à lui et surtout à beaucoup d’autres autour de lui. S’il en est conscient, c’est son choix. Et son droit. Celui des spectateurs aussi. On est libre de les prendre pour exemples, voire idoles, mais on doit aussi savoir que l'on n'est pas obligé de marcher dans ces traces là. Car le Budo, c'est encore autre chose : il cherche à construire l’homme, l’enrichir « en dedans » pour que son comportement bénéficie aussi aux autres. Le Budo a un objectif social. Parce qu’à travers l’éducation martiale, il est une « voie de l’homme ». Que les choses soient donc bien claires :

     

    L’art martial est un savoir-faire individuel destiné à résoudre un éventuel et incontournable problème d’affrontement dans le monde réel. Il s'agit d'une arme de riposte, entraînée avec l’obsession, toute une vie durant, de son non emploi … Un autre objectif étant, dans la Tradition, cette « illumination intérieure » que l'on dit possible seulement au contact de la mort et du dépassement de soi. Le Budo est aussi, parallèlement aux méthodes pour soumettre ou tuer, « une tentative de désamorcer cette fascination malsaine pour la guerre et la destruction » (Ellis Amdur , ouvrage cité), donc une voie vers la paix. Le sport de combat se cantonne à une pratique ludique et codifiée d’une gestuelle d’origine martiale, limitée à une période plus ou moins longue d’une vie, avec le droit d’en user vraiment, pour se faire plaisir, ou obtenir diverses formes de gains …

     

    Plus qu'une nuance, donc... Où une réflexion, même superficielle, peut-elle voir ici une quelconque concordance dans les moyens comme dans les objectifs ? Il est bien vrai que pour l'un et pour l'autre la technique n'est que le support (moyen) et l'expression (résultat) d'une démarche ... Si celle-ci est à chaque fois clairement affichée, c'est honnête. Mais laisser confondre partie de l'un partie de l'autre est une imposture. Qui passe finalement bien en raison d’une déculturation progressive du milieu « martial ». Et puis … l’art martial des vrais maîtres d’antan doit aider à vivre, ou à survivre dans des conditions exceptionnelles (qu'il ne faut pas souhaiter, ni même simuler pour « savoir » ...) jamais à mourir … ni dans son corps (par des exercices extrêmes et contre nature) ni dans sa tête (par le gonflement de l’ego, responsable de comportements sans intérêt pour la société) lors qu'il n'y a aucun enjeu digne de ce nom.

     

     

    Kasumi

     

    Combien de temps encore avant la fin du naufrage du Budo ? Lorsqu'il ne restera plus rien à transmettre de ses vraies valeurs, récupérées, déformées, oubliées ? Je suis de ceux qui croient que le message du Budo s’adresse à tous. Parce que je persiste à croire qu’il est exigence éthique. Et que notre jeunesse en a besoin. Que nous en avons tous besoin dans cette société qui s’en va à vau-l’eau et qui ne comprend même pas ce qui lui arrive. Je me demande de plus en plus souvent si je n’ai pas connu les arts martiaux comme je les aime, comme on me les a fait aimer, dans une vie antérieure, et encore, sur une autre planète … Au rythme où cela va, c’est parti pour pratiquer un jour les arts réellement « martiaux » dans la clandestinité, dans une cave ou une forêt, la nuit, comme il y a 150 ans (en Okinawa-te, en évitant surtout de pousser le Kiai pour ne pas être repéré, comme me l’a expliqué un jour Sensei Higa à Okinawa … !). L'érosion va encore s'accélérer avec, c'est depuis peu tendance, le zapping dans la pratique (passer d'un sport martial à un autre), encouragé par certains médias ... En l'incitant à ne pas enraciner sa démarche, on conserve un pratiquant-consommateur le plus longtemps possible mais on casse définitivement l'image du chemin à suivre toute sa vie, avec ses hauts et ses bas, avec nécessité de persévérance, et sens de l'effort dans la durée, on casse la notion de transmission, d'évolution interne et externe, etc ... On enlève ainsi à la démarche Budo  son principal intérêt, puisque la voie martiale est l'un des (derniers) domaines proposant des repères présents sur toute une vie ... Voilà qui est, aussi, fait. Fallait y penser ! Il y aurait pourtant une solution ... Accepter enfin une coexistence, nettement définie, entre deux types de gestuelles. L’une garderait sa finalité sportive, et ne s’encombrerait plus d’un héritage de conceptions de toute façon déjà largement déformées et souvent incomprises par ceux qui ont choisi cette option. L’autre continuerait à vivre en tant qu’expression d’un vrai Budo, c’est à dire proposerait au-delà de la technique la dimension humaine que l’on sait, et à l’échelle de toute une vie. Une voie ... Ce Budo pourrait lui-même se concevoir et se pratiquer sous deux formes : l’une, fidèlement traditionnelle, avec ses rites et démarches fidèlement reproduits de génération en génération (à partir d'une époque, qu'il faudrait tout de même définir), l’autre se concevant dans un cadre plus en phase avec notre siècle et où viendraient fusionner passé, présent, savoir-faire ancien et recherche moderne, ce qui en ferait une pratique martiale vivante, ouverte sur le monde réel, donc mieux comprise par ceux qui la pratiquent (Sogo-Budo, 3). Chacun y trouverait comment exprimer sa sensibilité propre et on en aurait fini avec tant d'hypocrisie et de surenchère. Je sais bien que nombre d'entre nous, des premières générations de pratiquants, se démarquent du Budo-sport et du Budo-show. Mais ce refus est parfois trop discret. Il faut davantage maintenant : prendre ses distances, dans la pratique, les contenus de l'enseignement, les marques de progression, les prendre définitivement, vite, et le faire savoir aux nouvelles générations de pratiquants. Il faut du courage et une volonté d'engagement responsable. Il est déjà très tard.

     

    Il suffirait pourtant d'étudier enfin un peu plus les hommes qui nous ont amené le « produit » Budo, leurs motivations, leurs vies, leurs messages. Les vraies valeurs du Budo, certes parmi d'autres mais c'est de celles là dont je veux parler ici, et elles sont depuis toujours les miennes, peuvent suggérer un angle d'attaque pour traiter quelques problèmes posés dans la société de notre temps. Mais on a, ici aussi, envie de dire … « revenez, Funakoshi, Kano, Ueshiba, et tant d’autres : ils sont devenus fous … ». Que reste-t-il de vos efforts ? Le Budo-sport en a eu raison. Les « Budokas » d’aujourd’hui s'égarent dans un grand brouillard (Kasumi), bien entretenu, les noyant dans des illusions qui pourraient un jour leur être, d'une façon ou d'une autre, préjudiciables voire fatales … C’est que, à s'acharner à pratiquer dans l’erreur pendant 20 ou 30 ans, on va juste devenir un … « maître de l’erreur » ! On ne gagne pas, dans le monde réel, avec des réponses basées sur une erreur … Mais après tout, la « tactique du brouillard » sur un champ de bataille (même commercial) est un moyen comme un autre pour parvenir à ses fins. Et tant pis pour ceux qui s'y perdent (4). Tout cela est tout de même bien dommage puisque l'enjeu est la crédibilité, et donc la survie même, de cette Voie qui mérite toujours d'être transmise pour son incomparable richesse. Mais pourra-elle encore intéresser les générations futures, cachée derrière tant de pratiques qui tournent le dos à tout ce qui lui donnait un sens ?

     

    Roland Habersetzer

     

     

     

     

     

     

    (1) Ce « refuser de se battre, refuser de subir » résume la ligne de conduite enseignée par Sensei Habersetzer dans sa conception de l'art martial.

     

    (2) Voir l'article « Mu-to » dans « Dragon » n°11 (septembre-octobre 2005).

     

    (3) Sogo-Budo : la « Voie Tengu » (Tengu-no-michi) créée par l'auteur en 1995 est une nouvelle pratique martiale à base de Karatedo traditionnel certes mais intégrant techniques, concepts et comportements issus de notre siècle. On y est passé aux titres traditionnels du système « Menkyo » pour se démarquer des critères sportifs d'évaluation.

     

    (4) Ce brouillard montant était déjà dénoncé dans « Opacité », un éditorial de Sensei Habersetzer paru dans la revue « Le Ronin » en ... octobre 1982 !

     

     

    « Comme toute autre activité, pour garder leur pertinence dans le monde actuel, les arts martiaux doivent continuer à évoluer et à s'épanouir. Cependant, dans cette ruée pour créer des sports de combat qui soient accessibles à quiconque et utiles pour tous, inévitablement, certaines valeurs profondes sont perdues. Les traditions sont là pour nous rappeler nos origines et notre unicité. Même si les Ryu ont été créées il y a quelques siècles pour aborder des problèmes spécifiques à leurs époques, cela ne justifie pas leur fossilisation dans des sociétés de préservation et les musées. (...) Elles peuvent encore être des traditions vivantes, nous offrant une connexion directe et solide avec le passé. Jadis elles étaient de puissantes éducatrices enseignant des valeurs aussi fondamentales que la loyauté, la morale, le courage, autant qu'un profond sentiment d'appartenance. Ce qu 'elles peuvent encore être (...). Aux hommes et aux femmes qui s'adonnent aux sports modernes de combat, je dis que malgré les avantages qu'ils ont pu tirer du largage de la pratique martiale traditionnelle, ils se sont privés de découvertes merveilleuses. »

     

    Ellis AMDUR, « Traditions martiales », Budo éditions,2006

     

     


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