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    Le Budo et les Bujutsu

     

    A plus d’un titre, les Arts Martiaux japonais sont les héritiers de ceux de Chine. La civilisation japonaise, bien que fortement influencée par la culture de l’Empire du Milieu, reste pourtant d’une remarquable originalité car le pays du Soleil Levant est un creuset qui intègre, absorbe pour remodeler à son goût.

    Au Japon, la sève subtile du Budo n’a pas cessé de nourrir les Arts Martiaux. Craignant peut-être le contact de l’Occident et le choc du monde moderne, les Maîtres japonais du début du siècle ont voulu rendre manifeste la place essentielle de la Voie (Do) en changeant les anciens noms des Bujutsu tels que jiu-jutsu, aïki-jutsu, ken-jutsu, … en Judo, Aïkido, Kendo… Ils espéraient ainsi que le grand public ne confondrait pas les Arts Martiaux avec les sports de combats et que le sens de la Voie ne disparaîtrait pas dans les méandres de l’histoire.

     

    Les Bujutsu sont les relais du Budo dans les deux sens : pour l’atteindre et pour qu’il nous atteigne. Celui qui a déjà assisté à une démonstration de qualité, ou qui a eu la chance de voir le film magnifique de Michel Random, a certainement été sensible à l’harmonie des mouvements, à la beauté gestuelle. De nombreux spectateurs ont même comparé ces Arts à des danses viriles ou à des cérémonies sacrées. Comparaison qui ne leur viendrait certainement pas à l’esprit pour un match de boxe ou un spectacle de catch !

     

    Le hasard n’y est bien sûr pour rien. La recherche technique effectuée depuis la nuis des temps par les Maîtres japonais, qui ont su intégrer les connaissances de leurs homologues chinois, a toujours reposé sur les principes de complémentarité qui régissent l’Univers. Le jeu des forces actives (Yang) et passives (Yin) est mis en pratique avec une précision extraordinaire dans les mouvements d’attaque et de défense de façon à neutraliser l’adversaire avec le minimum d’efforts et le maximum d’efficacité. De là découle, presque naturellement, une stupéfiante harmonie du gestuel.

     

    Ce sont surtout les kata qui incarnent le souffle du Budo. Les kata (formes, moules) sont des enchaînements de mouvements prédéterminés. A première vue ils servent à assimiler les techniques, à apprendre leur utilisation dans la perspective du combat. On leur attribue aussi de nombreux effets bénéfiques pour la coordination physique et respiratoire, les sens du rythme, la concentration ainsi que pour la santé quand ils sont pratiqués correctement. Les Maîtres les ont utilisés pour transmettre leurs connaissances. Transmission des techniques, des tactiques de combat, bien sûr, mais aussi d’une symbolisme spirituel, les kata sont porteurs d’un message codé sur plusieurs niveaux et ils ne révèlent leurs secrets qu’après des années, ou plutôt une vie, de pratique intensive. L’origine des kata actuels est très ancienne et les Maîtres, guerriers ou moines, qui les créèrent le firent afin de servir de testament à leurs élèves et aux générations futures, dans l’espoir que la forme ne soit pas coupée du cœur, que les Bujutsu continuent de servir la Voie.

     


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    Le Budo

         

     

    « Une victoire relative est fragile, ... mais une victoire sur soi-même est absolue. »

     

         

    • Au Japon, « L’Art du combat » s’appelle le BUDO. Il désigne le sentier abrupt qui serpente au cœur des arts martiaux.

    On découvre vite que l’adversaire le plus dangereux n’est pas à chercher ailleurs qu’en soi-même. La Voie du combat revêt ainsi un tout autre sens.

    Le Budo, répètent les Maîtres, ne se pratique pas qu’au Dojo. Il constitue un Art de vivre qui s’expérimente à chaque instant. Il produira ses fruits irrésistiblement, avec la patience et le temps.

     

    • Un Maître a dit un Jour que trois choses étaient importantes : « Shin » (L’Esprit), « Wasa » (La Technique), « Thaï » (Le Corps). Ils doivent être unis. C’est leur parfaite union qui crée l’acte juste. Dans les arts martiaux, l’unité entre l’esprit, le corps et la technique est essentielle.

    L’esprit de la pratique des arts martiaux est résolument non dualiste, c’est-à-dire qu’on peut envisager le partenaire comme une autre partie de soi-même, un ami à qui l’on donne son corps et qui vous tend le sien. En aucun cas un ennemi ou un adversaire. Si nous nous complétons l’un l’autre, nous avons accompli la première étape de l’entraînement.

    Le vrai Budo ne recherche pas l’attaque mais la protection de soi et d’autrui. Dans la pratique, son fondement n’est pas la confrontation, mais l’entraide mutuelle.

     

     

    • Le JuJitsu Traditionnel n’est pas un jeu, mais un art martial transformé en Budo, c’est-à-dire un moyen d’éducation et de perfectionnement de soi. Ce qu’il y a de spécifique dans les arts martiaux c’est que le chemin pour parvenir à la perfection est balisé d’exigences infimes qui régissent autant les rapports entre les individus que le comportement dans le Dojo (même s’il est vide), que la façon d’entretenir sa tenue vestimentaire.

    Qui plus est, au-delà du respect de ces repères, ce qui est le plus important, ce n’est pas tant le but à atteindre, que de suivre le chemin et comment y parvenir. Dans la cérémonie du thé, l’idée n’est pas de mettre longtemps pour offrir un meilleur thé à son hôte. Non, il est plus important de préparer le thé que de le boire.

    Les exemples sont multiples qui montrent que le résultat est moins important que ce qui y conduit, que le fond est plus important que la forme, mais que la forme est essentielle pour que le fond puisse en jaillir.

     

     

    • Tout pratiquant doit accepter de devenir un exemple pour celui qui débute son entraînement après lui. Par exemple, l’élève ceinture jaune doit déjà être un « modèle » pour l’élève ceinture blanche et ainsi de suite. C’est un système très élitiste, qui condamne à l’excellence. L’excellence peut-être une vertu, mais il faut veiller à ne l’assortir ni de mépris, ni de prétention. L’humilité en est le remède. Le plus difficile, ce n’est pas de réussir un examen de passage de grade, mais d’être à la hauteur de la ceinture que l’on arbore. Il y a toujours quelqu’un dans le Dojo à qui vous servez de référence, aussi minime soit-elle, ne serait-ce que pour vous regarder nouer votre ceinture.

     

    • Être pratiquant, c’est être héritier d’une tradition technique et d’une tradition morale, puisée abondamment dans les philosophies orientales.

    Un vieux Maître disait : « Je n’ai rien à apprendre à ceux qui savent tout, j’ai quelque chose à apprendre à ceux qui savent quelque chose, mais j’ai beaucoup à apprendre à ceux qui savent qu’ils ne savent rien. »

     

     

    Source : http://pagesperso-orange.fr/cjjt-meaux/budo.htm

     

     


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    Dans le Budo, il ne s’agit pas seulement de concourir, mais de trouver paix et maîtrise de soi.


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    Histoire et classification des arts martiaux japonais

     

     

    En Février 2006, Malcom Tiki Shewan donnait une conférence à Paris sur l'histoire du Budo japonais. Très intéressante, cette conférence m'a permis de clarifier les grandes classifications dans le Budo. Aux notes prises à l'époque, j'ai ajouté ce que j'ai appris depuis. Voici ce qu'on peut retenir des bujutsu et des budo japonais et de leur évolution.

     

    Au début de toutes guerres entre les hommes, il y a la technique guerrière qui permet d'arriver à ses fins. Pour cela, l'homme dispose de son corps, outil naturel de combat par excellence, puis des outils qu'il créé au fur et à mesure de ses besoins et de ce que son imagination lui dicte. Au Japon, environ 200 ans avec J.C., une lutte chinoise est importée. Elle est à l'origine du Sumo, LA lutte japonaise traditionnelle. Cette lutte est à la base de nombreuses méthodes de combats développées par les bushi, c'est-à-dire les guerriers.

     

     

    Les arts de combat

     

    L'ensemble des méthodes de combat employées par les guerriers constituaient le bujutsu (mot à mot les "techniques guerrières"). Il y avait le tir à l'arc, la lance, l'escrime, l'équitation, la natation en armure, l'éventail de guerre, le bâton, le jitte, la chaîne, la stratégie plus quelques autres, et bien entendu les techniques à mains nues.

     

    La plupart du temps, les techniques à mains nues étaient complétées par l'apprentissage d'une ou de plusieurs armes. Parmi les principales méthodes de combat à mains nues utilisées on trouve le Yawara, Wajutsu, Kogusoku, Kumiuchi, Torite, Taijutsu, Hakuda, Shubaku, Kempo, Koshi-no-mawari et pour l'île d'Okinawa le Tode (la main des Tang, ancêtre du karate). Ces techniques n'étaient pas suffisantes pour s'en sortir sur un champ de bataille. Il fallait donc compléter avec des armes. C'est pourquoi ces techniques à mains nues donnèrent non seulement naissance à des écoles complètes (armes et mains nues) mais influèrent sur la manière d'utiliser les armes.

     

     

    Les influences des techniques à mains nues

     

    Dans les mots Yawara (la gestion souple) et Wajutsu (l'accord souple), on retrouve le caratère "wa", qui signifie "accord", mais aussi "harmonie". Ces deux arts de combat vont créer à partir de leur pratique et de leur caractère, deux grands courants dans le Budo japonais. Le premier va mettre en avant l'accent sur l'harmonie, dont le kanji est "ai" (harmonie, fusion), qui donne naissance au 9ème siècle à l'Aïkijutsu, et bien plus tard au 20ème siècle, à l'Aïkido fondé par Morihei Ueshiba. Le kanji "ju", dont le sens est souplesse, va constituer la base du second courant et créer le Jujutsu au 16ème siècle, puis plus tard au 19ème siècle le Judo Kodokan fondé par Jigoro Kano.

     

     

    De très nombreuses écoles de combat à mains nues ont vus le jour : Takenouchi-Ryu, Sosuishi-Ryu, Tenshin-Shinyo-Ryu, Kito-Ryu, Sekiguchi-Ryu, Juki-Ryu, Yagu-Shigan-Ryu, ... Ceux qui connaissent ces noms, verront immédiatement que certaines sont également d’excellentes écoles de sabre. Mais bien évidemment, le mouvement inverse est tout aussi vrai. De nombreuses écoles de sabre ont également donné naissance à des écoles complètes utilisant plusieurs armes et des formes de combats à mains nues.

     

     

    La classification historique

     

    On peut concevoir la pratique des arts martiaux japonais en quatre divisions selon les périodes historiques

     

     

    Les ko-bujutsu

     

    A partir de l'an 900 de notre ère, on peut appeler les arts martiaux des Ko-bujutsu, bien que nous n'ayons pas d'idée spécifique de cette pratique avant l'ère Kamakura. Mot à mot cela signifie « ancien guerre techniques», soit techniques guerrières anciennes.

     

     

    Les Ko-bujutsu répondent à trois caractéristiques :

     

    • Ils sont conçus pour utilisation sur le champ de bataille

     

    • Ils se pratiquent quasi-toujours avec des armes (mains nues n'étant pas très utiles dans ces conditions)

     

    • Ils sont destinés à une pratique où l'armure est portée couramment par les guerriers.

     

     

    Le Japon a connu de nombreuses périodes de guerre entre les seigneurs, les provinces et les grandes familles qui détenaient le pouvoir impérial ou shogunal.

     

    Les bushi devaient alors connaître l'ensemble des armes employées par les guerriers de l'époque, il n'y a pas de spécialisation à proprement parler. Les armures devaient pouvoir arrêter un coup. Tous les Bushi devaient maîtriser un ensemble d'arts divers pour pouvoir être compétent en guerre. Par exemple : comment fortifier une position, comment commander les troupes, comment monter à cheval, donner de fausses informations, etc. Les Ko-Bujutsu comportaient donc des études complètes des systèmes militaires de l'époque.

     

     

    Les ko-budo

     

    En 1600, tout le pays est réunifié sous le pouvoir des Tokugawa. C'est la période Edo. Une longue période de paix s'installe sur le pays. Les routes entre les provinces sont plus sûres et se développent, permettant la circulation des marchandises, des hommes, des idées et des techniques. C'est le début de l'urbanisation. Le Shogun impose aux Daïmyo (seigneurs) de venir six mois par an à Edo (ancien nom de Tokyo) afin de mieux les contrôler. Ces déplacements se font avec la famille, les Bushi et la suite des serviteurs, ce qui représente beaucoup de monde régulièrement sur les routes. Il se développe alors une sorte de « réseau touristique » pour accompagner les voyageurs dans leurs déplacements.

     

     

    Mais c'est le rôle du bushi qui évolue considérablement : de guerrier sur un champ de bataille il devient protecteur de son maître et de sa suite. Pour répondre à ce nouveau rôle, il développe des techniques de défense. Parallèlement on encourage les bushi à pratiquer des arts plus calmes, comme la calligraphie, l'ikebana, la cérémonie du thé, etc. Ces arts permettent de canaliser leurs énergies martiales en un développement plus pacifique et culturel. Les Ko-Budo sont nés dans ce contexte. Le terme "bun bu ichi" (« les arts et le guerrier ne font qu'un ») résume l'esprit de l'époque.

     

     

    Le rôle du guerrier au sein de la société subit un grand changement.

     

     

    Les Ko-Budo répondent à trois caractéristiques :

     

    • Ils sont conçus plutôt pour une application au sein d'une société civile;

     

    • Les armes servent à renforcer les lois et la justice;

     

    • Les armures lourdes s'allègent voire disparaissent au profit d'armures plus légères et mieux conçues pour les conditions sociales d'alors.

     

     

    Ces nouveautés induisent le début des spécialisations adaptées à chaque situation. On apprend à juger de l'action en fonction de l'arme que l'on a en main. De nouvelles armes moins meurtrières et de nouvelles disciplines font leur apparition, comme le Jitte-jutsu (matraque), Zue-jutsu (la canne), le Jo-jutsu (bâton). Le sabre, quant à lui, se raccourcit et oscille entre 60 et 75 cm. L'allègement des armures permet une plus grande mobilité mais entraîne aussi une plus grande vulnérabilité. Les cibles potentielles ne sont donc plus uniquement les points faibles de l'armure de guerre.

     

    Avec ces armes, ces situations nouvelles, les besoins techniques augmentent, les pratiques se diversifient et se spécialisent. C'est la naissance des écoles spécialisées dans une arme ou un nombre réduit d'armes particulières.

     

     

    Les shin-bujutsu

     

    En 1854 la flotte américaine dirigée par le Commodore Matthew C. Perry force le Japon à ouvrir ses ports au commerce mondial. En 1868, l'empereur Mutsu Hito lance l'ère Meiji. Cette modernisation du pays à cadence forcée doit permettre au Japon de rattraper son retard sur les technologies des pays industrialisés. Pour ne pas être dépassé par l'armement et les techniques de guerre modernes, le gouvernement fait appel à des conseillers étrangers : Anglais (pour la marine), Allemands et Français pour l'infanterie, Américains pour la cavalerie et l'artillerie.

     

    C'est la création des Shin-Bujutsu (nouvelles techniques guerrières), comme l'art de la baïonnette (Juken-jutsu, qui fut pratiqué par Moriheï Ueshiba).

     

     

    Les Shin-Bujutsu répondent à trois critères :

     

    • Ils sont conçus pour la guerre moderne

     

    • Ils se pratiquent avec des armes (à feu et à longue portée)

     

    • L'équipement devient primordial (bateau cuirassé, sac du soldat, etc).

     

     

    Cette nouvelle donne sonne le glas des bushi et de la pratique du sabre sur les champs de bataille. D'ailleurs, le port des deux sabres est interdit par un édit (haitô-rei). Les guerriers sont désormais de simples citoyens que l'on forme au tir avec une arme à feu et à quelques techniques de combat rapproché. Les armures ne servent à rien face à la puissance des balles ou des obus. Il faut pouvoir se déplacer rapidement et construire des abris solides.

     

     

    Les shin-budo

     

     En 1865 le Japon est encore quasiment féodal, alors qu'en 1900 c'est une société moderne qui sera capable de rivaliser avec la Russie dans une guerre ouverte (en 1905) et de la remporter. Ce progrès technologique sur une période si courte est un accomplissement unique dans l'histoire du monde.

     

    Désormais les bushi, n'ont plus leur place dans cette société et regrettent les temps anciens. A partir des arts martiaux anciens, ils cherchent des applications possibles pour leurs contemporains. Le but est de perpétuer l'héritage qui leur a été transmis tout en conservant également les idéaux, la philosophie zen et les autres arts non guerriers et en aidant l'homme moderne à trouver sa place dans la nouvelle société. C'est ainsi que naissent les Shin-Budo que nous connaissons, comme le Judo, le Karate-do et bien sûr l'Aïkido, mais aussi le Kendo, le Kyudo, Iaïdo et bien d'autres. Les Japonais les appellent aussi Gendai-Budo (« Budo Modernes »).

     

    Mais les arts martiaux n'ont pas fini d'évoluer. On voit apparaître de nouvelles disciplines et de nouvelles règles de jeu basées sur la conception de shiai plutôt que sur shinken-shobu. Les pratiquants visent surtout la réussite sportive dans le cadre de la société moderne.

     

     

    Source : http://fudoshinkan.over-blog.com/article-35829368.html

     


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