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    Bujutsu, Budo ou Kakutogi...

     

        Aujourd’hui les arts martiaux et sports de combats sont pratiqués à travers le monde. Mais que différencie ces pratiques aux noms exotiques ?

     

        Les arts de combats sont souvent classés selon le type de technique dominant dans la discipline, les projections pour le Judo, les coups frappés pour le Karaté, etc… Mais cela est surtout valable pour les arts modernes qui se sont spécialisés, les disciplines anciennes ayant généralement eu un éventail technique beaucoup plus large. La différence essentielle tient au but de ces pratiques. Je prendrai ici l’exemple des pratiques martiales japonaises dont les différences sont assez explicites. Je simplifierai en divisant ces disciplines en trois catégories, les Bujutsu, les Budo et les Kakutogi.

     

        Historiquement les premiers à avoir fait leur apparition sont les Bujutsu. La traduction littérale de Bujutsu est « technique martiale ». Les Bujutsu recouvrent l’ensemble des anciens ryu japonais, les écoles martiales traditionnelles. La création des principaux ryu s’étale sur plusieurs siècles et certains remonteraient aussi loin que le 6ème siècle. Les ryu possédant les plus anciennes traces écrites de leur existence remontent déja au 15ème siècle.

     

        Les Bujutsu furent donc systématisés à des époques où les combats à mort étaient soit fréquents soit possibles. Ils ont eu pour but primordial l’efficacité en combat de survie, que ce soit sur un champ de bataille, dans une embuscade ou lors d’un duel. De fait leurs techniques sont centrées sur une efficacité impitoyable car la vie de leurs adeptes en dépendaient. Les Bujutsu devaient permettre à leurs pratiquants de survivre à une confrontation même en infériorité numérique, blessés et désarmés.

     

        Les Budo sont apparues entre la fin du 19ème siècle et le milieu du 20ème. Ils sont souvent les descendants directs des Bujutsu, le Jujutsu ayant donné naissance au Judo, le Kenjutsu au Kendo, le Iaijutsu au Iaido, etc… La tradition littérale de Budo est « voie martiale ». Leur but est l’éducation du corps et de l’esprit à travers des techniques martiales. Le but fondamental n’étant plus le combat de survie de nombreuses techniques disparurent ou furent modifiées.

     

        Les Kakutogi sont apparus à partir du milieu du 20ème siècle. Leur traduction littérale est « technique de combat ». Ils s’agit de tous les « sports » de combat. Au Japon ce terme recouvre surtout ce qu’on appelle en occident le MMA (mixed martial arts, disciplines enseignant des techniques de frappes, projections et immobilisations dans l’objectif d’une confrontation sur ring). Les techniques de Kakutogi sont destinées à des combattants se mesurant dans un cadre très précis. Combattant un contre un sur une surface limitée dans un lieu, un jour et pendant un temps déterminés les pratiquants de ces disciplines cherchent à vaincre leur adversaire sans lui infliger de blessures graves. Les techniques les plus dangereuses pour l’intégrité de leurs adversaire sont donc bannies.

     

        Les trois principales catégories définies il n’est toutefois pas toujours évident de déterminer le groupe auquel appartient une discipline. Les ryus traditionnels ont généralement conservé intactes les techniques destructrices des samouraïs mais leur pratique vise à présent généralement la formation de l’homme en tant qu’être humain à travers notamment la concentration et la précision nécessaires à la pratique plus qu’à former des machines de guerre.

     

        Les Budo comme le Judo, le Karaté et parfois même le Kendo ont de plus en plus tendance à mettre l’accent sur la compétition en reléguant l’éducation au second plan et se confondent souvent avec les Kakutogi comme la présence de nombreux champions de Judo dans les compétitions de type Pride (plus grande compétition de combat libre au monde se déroulant au Japon) l’atteste.

     

        Les Kakutogi quand à eux ont une situation plus claire bien que certains développent une pratique pour les non-compétiteurs qui s’inspire des Budo traditionnels.

     

        Ces classifications sont bien sûr très sommaires et Donn Draeger entre autre écrivit énormément sur ce thème. Elles peuvent toutefois apporter un éclairage sur les différentes pratiques du paysage martial actuel.

     

     

    Source : http://www.tsubakijournal.com/article-3776376.html

     


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    La transmission dans les arts martiaux: 2nde partie, budo et kakutogi

     

     

    La transmission dans les voies martiales, budo

    Créés sur la base des anciennes techniques guerrières à une époque où celles-ci n'avaient plus d'utilité pratique, les budo sont des voies martiales destinées à éduquer l'homme. Certains sont restés très proches dans leur esprit et leur pratique des bujutsu tandis que d'autres se sont résolument tournés vers le loisir et la compétition, se rapprochant ainsi nettement plus des kakutogi.

     

    La grande diversité des pratiques des budo rend une analyse précise de leur transmission impossible, certains étant là encore très proche des bujutsu tandis que d'autres adoptent une démarche semblable à celle des kakutogi.

    Le point fondamental qui différencie pourtant les budo des autres pratiques est leur objectif, l'éducation de l'homme. Dans ce contexte la pratique n'est qu'un support qui lui est subordonné. L'exemple le plus frappant étant celui de l'Aïkido dont le fondateur ne formalisa jamais l'enseignement…

     

     

    La transmission dans les sports de combats, kakutogi

    Les sports de combats, kakutogi, sont issus des budo. Correspondant à l'évolution de la société ils sont plus une pratique de loisir et de compétition. Ils correspondent à l'idée que se fait le grand public de la pratique des arts martiaux et offrent ce que cherchent beaucoup de nouveaux pratiquants, un moyen de se détendre, de retrouver ou conserver la forme, d'apprendre à se défendre, etc…

    Et à condition d'être enseignés correctement sans être omnibulé par la compétition ils sont effectivement une forme de loisir qui permet de développer des compétences qui peuvent éventuellement servir en cas d'agression et développent les capacités physiques comme le font les sports.

     

     

    Dans le cas des kakutogi la transmission est assez aisée, l'enseignement étant clair et les explications faisant appel à la logique. Il s'agit d'un enseignement moderne très inspiré par les systèmes scolaires et sportifs. L'enseignement de masse y est possible et même courant.

     

     

    La transmission dans les arts martiaux, une évolution historique

    Comme on a pu le voir la transmission dans les différentes pratiques martiales est aussi différente que l'essence et le but de leurs enseignements.

     

    Il est évident que la transmission de type "moderne" basée sur une explication analytique est la plus adaptée à notre société. Elle était d'ailleurs déjà utilisée dans certains koryu pour l'enseignement ouvert destiné aux pratiquants des premiers niveaux.

     

    Un exemple proche de nous est celui du Daïto-ryu et de Takeda Sokaku. L'enseignement qu'il livrait au cours de stages aux militaires et autres agents de police leur permettait d'avoir une efficacité sans doute restreinte mais rapide. Cette pratique est ce qui est généralement démontré et connu sous le nom de Daïto ryu par le grand public. Il est toutefois évident que la pratique des meilleurs élèves de Takeda tels que Sagawa Yukiyoshi, Ueshiba Moriheï ou son fils Tokimune et de leurs successeurs tels que Okamoto Seïgo est totalement différente et qu'il est impossible de l'expliquer à l'aide de principes mécaniques, leviers et autres lignes de force. Les rares qui s'y emploient n'en retirant aucune efficacité. Il reste alors la possibilité de nier…

     

     

    La preuve par Ueshiba

    En ce sens l'exemple de Ueshiba est frappant car si sa pratique peut paraître incompréhensible dans certaines de ses démonstrations, pas une des personnes ayant pratiqué avec lui n'a déclaré avoir chuté par complaisance. Cela alors même qu'occasionnellement il a pu être critiqué sur d'autres sujets.

    Au contraire les témoignages d'experts ne pratiquant pas l'Aïkido ou de personnes ayant essayé de le tester comme Terry Dobson sont légions et décrivent une efficacité "hors du commun", "incompréhensible". Au Japon il existe d'ailleurs un proverbe qui dit "Le propre du véritable Aïkido est d'avoir l'air faux.".

    Depuis longtemps disparu la pratique de Ueshiba commence toutefois à être occasionnellement remise en question par des personnes ayant seulement vu des vidéos de lui. On peut craindre qu'une fois tous les témoins disparus le processus ne s'accélère tant sa pratique est hors du commun.

     

     

    Une transmission adaptée à notre époque

    S'il est plus qu'improbable que l'étude "simple", "mécanique", "géométrique" même, d'un mouvement, permette d'accéder aux plus hauts niveaux de pratique, elle permet toutefois d'acquérir une relative efficacité dans un temps limité. En ce sens elle est particulièrement utile pour les forces de police ou militaires contemporaines pour qui le combat à mains nues n'est généralement pas la question de survie principale.

    Elle est aussi et surtout parfaitement adaptée au pratiquant d'aujourd'hui car elle correspond à sa façon de penser et lui permet de progresser même s'il ne peut dégager plus de deux à trois heures par semaine pour se consacrer à sa discipline. A charge de celui qui aura épuisé les limites de ce type d'enseignement de s'ouvrir à une approche plus rare et difficile mais ô combien passionnante.

     

    Source : http://www.tsubakijournal.com/article-22561816.html

     


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